CHAMPAGNE ET NAVARRE
pot de bière avec un morceau de lard sur du pain de munition. Je mangeai, bus avec eux, et, mettant pied à terre, je les reconduisis à leur camp où, M. du Chatelet* nous ayant rejoints, la fête finit par un rondeau au milieu duquel on apporta deux tonneaux de bière qui furent en un moment avalés à votre santé, tous les chapeaux de Navarre en l'air. Cette union et cette gaieté entre deux pareils régiments ne vous déplaira pas, je crois, dans la persuasion où vous devez être qu'au lieu de quatre bataillons j'en ai huit à ma disposition dans cette armée, où d'ailleurs ceci a fait un bon effet, n Après le récit de cet épisode où rien ne manquait pour enivrer une jeune tête et donner à celui qui en était le héros des airs de triomphateur, voici ce qu'ajoutait, quelques lignes plus bas, le comte de Gisors : « Je n'ai pu voir M. le maréchal en particulier, à cause de la quantité de princes et de monde qu'il y avoit chez lui. Plus il me marque de bonté et plus je me tiens en arrière, pour ne pas exciter la jalousie de mes camarades qui trouveroient avec raison qu'un blanc-bec comme moi n'est pas fait pour tenir son coin dans le cabinet d'un général'^. »
C'était seulement depuis le départ de Wesel, c'est-àdire depuis dix jours à peine, que la campagne était réellement et sérieusement commencée. C'était assez pour que le maréchal d'Estrées, observateur exact et tenu de bien voir, put juger sans illusion de l'état moral de son armée. « La gloire noumt les François, » s'écriait généreusement le comte de Gisors*. A ce compte, le