‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 145 sur 422 · KTAT MORAL DE L'ARMEE · texte numérisé non relu

KTAT MORAL DE L'ARMEE

maréchal de Saxe en son temps aurait pu se flatter d'être le plus grand munitionnaire du monde *, car il avait rassasié ses soldats de gloire. Mais comme, chez lui, la délicatesse du caractère n'était point à la hauteur du génie guerrier, comme ses appétits de jouissance étaient plus malaisés à satisfaire que ses appétits de bataille, il avait, par le triste exemple de ses avidités et de ses désordres, rabaissé les âmes qu'avaient exaltées ses victoires. Certes, il n'y a guère eu dans l'histoire militaire de la France de période plus éclatante que les campagnes de 1745 à 1748. Fontcnoy, Raucoux , Laufeld, étaient d'illustres actions dont l'armée se faisait justement gloire et dont la France lui faisait justement honneur; mais de Fontenoy, de Raucoux et de Laufeld, l'armée, sous ses drapeaux victorieux, avait rapporté des bagages grossis par la maraude et, parmi le désordre d'un butin mal acquis, des germes d'idées malsaines dont le développement, dans une société facile à toutes les tentations, ne devait pas rencontrer le plus léger obstacle. De 1748 à 1786, la France a vécu dans une prospérité jusque-là sans exemple , dans une expansion inouïe de jouissances intellectuelles et sensuelles; en un mot, elle a vécu

1. C'est peut-être pour cela qu'il avait pour la question des subsistances le mépris que lui reprochait en ces termes Paris Duverney : a Lorsque M. le maréchal de Saxe écrivit ses Rêverie%, il regardoit toutes précautions sur les subsistances comme autant d'inulililés et d'abus. Je crois qu'il auroit bien changé de ton, s'il avoit eu le temps de revoir son ouvrage. N'a-t-il pas eu tort, d'ailleurs, d'appliquer à toutes les nations indifféremment ce qu^il a pu voir pratiquer pour certaines qui ne connoissent pas de discipline et qui ne vivent que de pillage? 0 Paris Duverney au marquis de Voyer. Pap. Clermont, 1757 , t. I,no 104.

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