DÉSORDRE MILITAIRE
le gardait s'ouvrait pour donner passage à l'exécuteur, un grand tumulte avait éclaté dans le cercle énorme qui se pressait autour d'eux ; le prisonnier, qu'on n'avait pas pris la précaution d'attacher, s'était échappé aux applaudissements de la foule , et le tumulte tournant à la sédition, la connétablie et le grand prévôt lui-même avaient été chassés et poursuivis h coups de pierres. Le lendemain matin , le maréchal avait fait appeler le lieutenant-colonel, le major et les commandants de bataillon du régiment de Champagne, et après leur avoir démorftré qu'il était nécessaire de raffermir par un exemple sévère la discipUne ébranlée, il les avait prévenus que le lieutenant de grenadiers qui, par sa négligence, était responsable de l'évasion du condamné, serait cassé le jour môme, en présence du maréchal et devant tout le régiment assemblé sous les armes. C'est sur ces entrefaites qu'était arrivé le comte de Gisors. Au camp, il trouva tout le monde consterné, les commjmdants touchés des paroles du maréchal, les of liciers et soldats résignés à l'expiation qui allait tomber malheureusement, après quarante ans de service, sur un vieil officier de fortune.
A trois heures , le régiment avait pris les annes, les quatre bataillons formaient un vaste carré au milieu duquel se tenaient les officiers supérieurs. Pendant trois quarts d'heure un silence solennel régna dans l'enceinte : c'est à peine si, parmi les nombreux spectateurs qui se pressaient au delà, quelques mots étaient échangés à voix basse. Enfin le maréchal parut; plus de cent officiers généraux ou supérieurs lui servaient d'escorte. Il vint d'abord aux drapeaux du premier bataillon, et s'adressant au comte de Gisors, il lui dit