LE COMTE DE MAILLEBOIS
Actif, hardi, spirituel, intelligent, admirablement doué pour la guerre, mais rongé d'ambition et de passions mauvaises, sans foi, sans mœurs et sans conscience, le comte de Maillebois s'était dès le premier jour heurté contre le caractère rigide, honnête, sévère du maréchal d'Estrées. Comme il lui avait supposé peu d'idées et de ressources d'esprit, il avait compté le dominer et le diriger à sa guise; il s'était trompé. Le maréchal, un peu lentement mais sûrement, se conduisait lui-même ; quand il avait aperçu dans son maréchal général des logis la prétention de dicter des ordres au lieu d'exécuter ceux du général en chef, sans éclat, sans effort, il l'avait simplement rangé à son devoir. Maillebois ^'était vengé ; c'était auprès de lui que les mécontents venaient aiguiser leurs rancunes, et les plus dangereuses intrigues contre le maréchal sortaient du quartier de son chef d'état-major.
Maillebois avait fait avec le maréchal de RicheUeu la campagne de Minorque ; c'étaient deux natures profondément corrompues, que l'affinité des mœurs et du caractère attirait fatalement l'une vers l'autre. Aussi M. do Richelieu avait- il demandé pour Maillebois, et Maillebois souhaité pour lui-même les fonctions de maréchal général des logis dans la nouvelle armée d'Allemagne. Chose étrange, c'était un ami de l'un et de l'autre, PAris Duverney, qui avait empêché ce rapprochement de se faire. Comment et pourquoi voulait-il enchaîner, river Maillebois à l'armée de Weslphalie? Maillebois se désespérait. (( Je connois votre amitié pour moi, écrivait-il à Duverney, je l'ai éprouvée et j'y suis sensible eomme je le dois; mais je suis persuadé que si vous n'aviez consulté qu'elle dans les propositions qui vous ont été