‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 164 sur 422 · OCCUPATION DE LA HESSK · texte numérisé non relu

OCCUPATION DE LA HESSK

resté à Bielefeld. Dans la nuit du 7 au 8, le marquis d'Armentières réussit à passer le fleuve à Beverungen; il ne trouva devant lui que deux ou trois cents Hanovriens qui se retirèrent aussitôt et qu'il fit suivre afin de reconnaître le pays. Ce premier passage, d'ailleurs, n'était que pour prendre pied sur la rive droite du Weser et protéger la construction des ponts que le maréchal avait décidé de faire jeter, six lieues plus bas, immédiatement au-dessous de Hoxter. Ce fut à labbaye de Corvey, voisine du point désigné, qu'il établit son quartier général. Avant de passer le Weser en force, il avait jugé prudent de ne pas laisser derrière soi, sans l'occuper, la liesse, pays hostile. Un corps y marcha sous les ordres du marquis de Contades ; Cassel et toutes les villes ouvrirent leurs portes ; on mit garnison dans les principales, et le détachement peu diminué put rejoindre l'armée avant les événements décisifs.

Celle-ci, le 8 juillet, avait quitté Bielefeld ; elle marchait lentement , parce que les gros équipages rappelés de Munster, où ils avaient été provisoirement laissés, encombraient les chemins. A mesure qu'il se rapprochait de l'ennemi , la préoccupation du comte de (iisors était de donner à son régiment toute la perfection matérielle et morale où puisse atteindre la meilleure troupe an campagne. Des menus détails de service et de tenue jusqu'aux grands sentiments d'honneur et d'héroïsme, il ne négligeait, il ne sacrifiait rien, et en touchant tour à tour à ces extrêmes de la vie militaire, il sentait qu'il accomplissait également un devoh*. a Sans présomption, •écrivait-il à son père, j'ose dire que je suis parvenu à avoir le régiment le mieux marchant de toute

l'armée. Aucun officier, sous quelque prétexte que ce soit, ne quitte sa division, ni aucun soldat son rang, sans une permission, et, en arrivant, on se met en bataille, on porte les armes, les bans sont publiés et les bataillons renvoyés comme aux casernes dans une garnison. Comme je ne descends de cheval qu'une heure et demie après, je vois moi-môme partir les détachements du bois et de la paille avec les officiers qui, sous ma direction, forment avec des soldats armés la chaîne du canton où se coupe le bois. Les piquets demeurent sous les armes, en avant du camp, jusqu'à ce que tout soit rentré. Voilà, je crois, mon père, toutes les précautions qu'on peut prendre quant à la discipline. Quant à la propreté, Tinspection des compagnies se fait les jours de route comme les autres; on n'en souffre aucun qui n'ait la queue faite de frais, une boucle de chaque côté, l'habit bien recousu, et jamais en route il ne leur est permis de dégraffer leurs chaf peaux. Presque tous les soirs je vais à Tordre où je tâche de leur inspirer, par des discours particuUers, les sentiments que des soldats de Champagne doivent avoir. Ainsi, moitié par amitié, moitié par sévérité, je tâche de mener à bien la* phalange qui m'est confiée. Mais, mon cher père, faites-nous tirer des coups de fusil; l'oisiveté où nous languissons nous devient insupportable... Plusieurs officiers ont la fièvre et seroient demeurés, sans le fiacre que j'ai acheté à Munster. Il est fort utile au régiment, sans pouvoir me faire accuser de luxe, tant il est affreux*. »

En passant auprès de Detmold, M. de (iisors n'avait

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