LE COMTE DE LIPPE
pu s'empôcher de plaindre le comte de Lippe, un de ces pauvres princes allemands alliés des Français et que les Français ne ménageaient guère; jamais, avant leur entrée, il n'y avait eu Tespoir d'une plus belle et plus abondante moisson; eux passés, il n'en restait plus que le regret. <c II me fait une vraie pitié, disait-il du comte de Lippe, d'autant qu'il se conduit à merveille et tient les meilleurs propos du monde en voyant dévaster son pays. » Cet infortuné souverain, dont la fortune, dérangée par ses pères, se réduisait à cinquante mille écus de rente, vivait comme, un ermite dans un coin de son vaste château de Detmold; au moins avait-il pour consolation la compagnie d'une femme charmante; mais les malheurs de la guerre l'avaient forcé de s'en séparer, et sur ses cinquante mille écus, il fallait qu'il entretint un contingent de trois cents hommes qu'il devait à ses puissants alliés d'Autriche et de France*.
Enfin, le 12 juillet, l'armée se trouva réunie au camp de Corvey. Des difficultés relatives aux subsistances l'y retinrent pendant trois jours. Le munitionnaire avait déclaré au général en chef et à l'intendant qu'il était hors d'état de transporter le pain à plus de quinze lieues de ses fours; or, comme il y avait vingt-deux lieues de Paderbom, où étaient les fours , jusqu'à Hamelen, oii le maréchal avait l'ordre formel d'entrer de gré ou de force, l'armée aurait donc été, faute de pain, obligée de s'arrêter à sept lieues en deçà de sou objectif. Il était absolument nécessaire d'avoir des fours plus rapprochés, le maréchal donna Tordre