‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 169 sur 422 · CONTRE LE MARECHAL D'ESTREES · texte numérisé non relu

CONTRE LE MARECHAL D'ESTREES

ne point connoltre le pays, de ne le voir jamais par luimr.me, de décider toutes ses dispositions sur une mauvaise carte, de croire toutes les mauvaises nouvelles, de douter des bonnes, de s'inquiéter également de tout et de se déterminer sur Timpression momentanée que lui fait la dernière réflexion, bonne ou mauvaise , à laquelle il s'est li\Té. Personne n'a sa confiance , et moimême qui ai le plus Tapparence de lavoir gagnée , je n'ai pas le droit de lui faire des représentations, encore moins celui de lui donner des raisons ; il ne m'écoute jamais quand il a la liberté de réfléchir, et ne me croit que quand il n'a pas le temps de se décider par luimême. L'armée connoît au moins la moitié du tableau que je viens de vous faire. L'officier a éprouvé du malaise, le soldat s'est livré à l'indiscipline, les colonels, sont mutins et tracassiers ; le général a pris des moyens violents ou faux pour remédier à ces inconvénients. Voilà la situation morale de notre armée. Quant à l'objet militaire, ce qui m'appartient est de juger de ce que l'armée et le général peuvent faire d'ici à la fin de la campagne, et d'en décider avec d'autant plus de certitude que je jugerai de l'objet relativement aux moyens de son exécution , et certainement le premier moyen est la capacité de celui qui met les autres en usage * . »

C'était le 29 juin que le comte de Maillebois, rendant ses oracles, concluait hardiment que l'armée, durant le mois de juillet, pourrait bien prendre une position de sorte à favoriser la conquête de la Hesse, et que, vers le commencement du mois d'août, elle pourrait

1 . Hailleboifl à Paiilmy, 1 4 ol 29 Juin [3430, n« 1 19. 3» et H^].

2tO L'ARME£ FRANÇAISE

bien passer le Weser. Cependant, dès le 16 juillet, la Hesse était conquise et toute Tarmée de l'autre côté du Weser. Que restait-il des décisions de M. de Maillebois? Rien de plus que de Texactitude de ses peintures. Pai* exemple, il reprochait au maréchal de ne point connaître le pays, de ne le voir jamais par lui-même ; dans les premiers temps, loin de Tennemi, le maréchal avait pu sur ce point se confier aux lumières de son état-major; mais dès qu'il eut passé le Weser et senti l'ennemi proche, il fit de la reconnaissance du pays sa personnelle et principale affaire, si bien que M. de Maillebois, retournant le grief, se plaignait que le général lui enlevât les fonctions de sa charge.

D'après les dispositions arrêtées par le maréchal, l'armée devait marcher directement à l'ennemi par la rive droite du Weser, la réserve du marquis d' Armen tières lui servant d'avant-garde ; sur la rive gauche, la réserve du duc de Broglie marchant à la hauteur de la première devait se tenir assez près du fleuve pour communiquer facilement avec l'armée, assez loin pour dérober ses mouvements aux vues de l'ennemi ; enfin une troisième réserve, composée de deux brigades d'infanterie et de deux brigades de cavalerie, sous les ordres du duc de Randan, devait se porter sur la droite au delà des montagnes, à Eimbeck, et surveiller la route de Gottingue à Hanovre.

Le 19 juillet, les grenadiers de France, quarante compagnies de grenadiers des régiments et tous les

MARCHE A I/E?s'NKMI. 211

diagoub a\ aient quille brusquement le camp de lloltzmiuden, sous le comniaudement du duc d'Orléans et de Che\ert, pour se porter au soutien du marquis d'Armentières qui , à trois lieues en avant près de Wickensen, était, disait-on, aux prises avec Tennemi. Naturellement le comte de (lisors avait demandé à suivre Chevert; mais le maréchid Tavait retenu en lui disant que toute Tarmée ne manquerait pas de soutenir son avant-garde, si celle-ci trouvait Toccasion d'entrer en jeu. c( J'attendrai donc, écrivait M. de (îisors à son père, j'attendrai Tordre de marcher à une victoire que tout le monde regarde comme certaine, pour peu qu'on ose la tenter. Personne n'est plus intéressé à en saisir l'occasion que -M. le maréchal ; il le sent bien, m'en a parle ce matin sur ce ton, et est bie'U affligé des obstacles que la nature du pays présente. Il faut cependant , selon moi , qu'ils soient bien grands pour balancer l'avantage que nous donnent la bonne constitution de notre armée vis-à-vis de celle des ennemis et l'ardeur dont nos soldais sont animés contre un ennemi qu'ils méprisent *. » L'action ne fut point encore sérieusement engagé(» ce jour-là.

11 est certain que le duc de Cumberland , mal renseigné sur la réserve du marquis d'Armentières et se flattant de l'enlever par un coup de main, avait, dans la soirée du 18, fait marcher à Halle toute la première ligne de son armée, la seconde deyieurant au (!amp de Ilastenbeck; mais l'attitude des troupes franvaises, la bonne situation que leur chef leur avait fait prendre, et le renfort que lui amenaient le duc d'Orléans et Chevert,

212 RETRAITE DES HANOVRIEXS.

eurent bientôt enlevé tout espoir au duc de Cunnberland, nouveau mécompte pour Tétat-major hanovrien qui , de son propre aveu, avait tous les jours cherché et manqué rheureuse chance de battre quelqu'un des détachemenls que les Français tenaient constamment en campagne. « En tombant sur eux avec une force supérieure, disait assez naïvement un officier de cet éiat-major, nous étions surs du succès et de leur faire un tort d'autant plus considérable que les François étant obligés de céder avec précipitation à une plus grande force, Tanimosité de nos troupes ne nous laissoit pas craindre qu'ils seroient menés trop doucement * . » Ainsi se marquaient par les sentiments des deux armées les caractères des deux races : dédain chez les Français, haine et colère chez les Allemands. 0"oi qu'il en soit, le duc de Cumberland revenu de son illusion et subitement frappé du péril qu'il courait lui-même d'être coupé de sa seconde ligne, décampa sans bruit de Halle le 19, à onze heures du soir, en se faisant môme suivre par le corps de grenadiers qui, depuis le 13, était établi à Wickensen.

Tandis qu'il rentrait, le 20, dans son camp de Ilastenbeck, l'armée française rejoignait à Stadt-Oldendorf le détachement du duc d'Orléans et la réserve du marquis d'Armentières. Celle-ci, le lendemain, continuant son rôle d\ivant-garde, se portait à Boden-Werder, et le 22, l'armée venait camper à Halle sur le terrain même qu'avait occupé, trois jours auparavant, la première ligne des Hanovriens. On était dès lors à quatre ou cinq lieues de l'ennemi ; mais une sorte de contre-

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