‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 185 sur 422 · CONDUITE IMPRUDENTE · texte numérisé non relu

CONDUITE IMPRUDENTE

plus qu'à sui\Te quelque temps les crêtes, puis à descendre pour déboucher dans la plaine , bien au delà de Hastenbeck, entre Tarmée hanoyrienne et Hamelen.

A ce moment et pour hâter son allure, Chevert donna l'ordre de laisser les canons à Tarrière-garde, avec deux cents hommes d'escorte. C^était la brigade d'Eu qui marchait la dernière. La brigade de la Marine, qui la précédait, vint à se croiser avec le régiment de Belzunce des troupe?^ de M. d'Armentières, de sorte que les deux premiers bataillons de la Marine seuls purent immédiatement suivre les brigades de Picardie et de Navarre, et que les deux autres durent attendre que le terrain fût libre; enfin, quand l'embarras eut cessé, ils se remirent en marche avec les deux canons qui leur appartenaient. Qimiïi à la brigade d'Eu, soit que le comte deLorge, qui la commandait, jugeât que l'avance prise par la tête de colonne était trop grande pour ses soldats fatigués, soit que, mécontent d'avoir été mis sous les ordres de Chevert, son égal, puisqu'ils étaient lieutenants généraux du même jour, il lui plût de faire acte d'indépendance, il donna aux régiments d'Eu et d'Enghien Tordre de descendre un peu sur la gauche, avec les quatorze pièces de canon qui marchaient avec eux, et de s'établir dans une clairière d'où l'on découvrait Hastenbeck et tout le champ de bataille. L'armée française était si près et l'ennemi paraissait si loin que les précautions d'usage furent absohiment négligées ou mal prises. En un mot, la brigade ne se garda pas.

Lorsque le duc de Cumberland avait appris que les dix bataillons de son extrême gauche et sa gauch(»

DE LA BRIGADE D*ED. 23i

tout entière étaient repliés, les uns par la colonne de Chevert, le reste par les forces supérieures du marquis d'Armentières, il avait détaché de sa réser>'e, soit pour essayer d'un dernier retour offensif, soit pour éclairer seulement le revers de la montagne, trois bataillons et six escadrons hanovriens sous les ordres des colonels Breitenbach et Dachhausen*. Tandis que ce dernier s'engageait à Bisperode , sur le grand chemin de Hanovre , le colonel Breitenbach , officier énergique , résolu , n'hésita pas à pénétrer avec ses trois bataillons 'dans les bois qu'il savait occupés en force par Tennemi. Il devait s'y heurter, soit contre Chevert, soit contre le marquis d'Armentières ; par une chance inouïe, il passa entre les deux et vint tomber à l'improviste sur le comte de Lorge. Surprise dans un désordre dont son chef était le premier responsable, la brigade d'Eu n'eut pas le temps de se reformer; elle essaya vainement de résister, perdit beaucoup de monde, fut culbutée sur les pentes, et rencontrant dans sa chute le régiment de Belzunce et les bataillons autrichiens qui accouraient à son aide, elle mit malheureusement ces troupes dans une confusion qui leur coûta cher à elles-mêmes.

C'était cette fusillade et ce tumulte qui avaient tout à coup frappé d'clonnement le maréchal d'Estrées, et ce canon qui l'étonnait encore plus, c'était celui des troupes de Chevert, abandonné par son escorte et tourné par les Hanovriens contre la cavalerie française qu'ils voyaient au-dessous d'eux dans la plaine. Comme le

1. Le duc de Cumberland dit, dans sa relation : « Je détactiai les colonels Breitenbach et Daclitiausen avec trois bataillons et six escadrons hanovriens pour tourner le bois. » C'était bien peu de monde et c'était bien tard pour une si grande et si importante manœuvre.

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