CAMPAGNE NAVALE DE M. DE GISORS
amena son petit hunier, cargua ses voiles de misaine et lança son canot à la mer pour se faire remorquer. Nous l'eûmes, malgré cela, bientôt jointe, mais quoi que nous ayons fait pour gagner rarrière, il a fallu essuyer la bordée de tribord et la décharge de toute l'artillerie; étant maladroitement dégarnis de tout leur feu, nous saisîmes ["instant pour aborder. Cette démarche hardie déconcerta tellement l'équipage, qui d'ailleurs u'avoit plus de feu à nous opposer, que soldats et matelots, au lieu de se défendre, nous ont demandé grâce. Cela a été fort heureux, car la Légère commençoit à approcher ; mais voyant l'autre rendue, elle baissa pavillon. J'envoyai le capitaine général s"eo mettre en posses&ion. Nous avons fait trois cent vingt prisonniers, deux lieutenants de vaisseau et cinq enseignes. M. de Landré, capitaine de {'Hirondelle, étoit à table quand nous nous en emparâmes; nous avons profité des glaces qu'il avoit à son fruit avec bien du plaisir. ,\prés avoir visité les écoutilles cl la saintebarbe, je me suis fait remorquer par mes deux felouques et le canot de ladite barque et l'ai amenée dans le port de Villefranche. Après avoir mis ordre à tout, je suis venu rendre compte de ma prise à mon père, d'oii mon premier soin est de vous écrire. Je vous serai bien obligé de faire valoir cela auprès de M. de Maurepas ' ; mon monde a fait des prodiges ; M. le chevalier de Fabri, enseigne de vaisseau, s'est fort distingué. Les frais de l'amirauté sont si considérables qu'il ne nous reste presque rien ; cela mériteroit bien quelque gratification. Les deux barques sont très-bonnes et en