SUITES DE LA BATAILLE DE HASTENBECK
étendues ni plus rapides, llamelen se soumettait, le 28 juillet; Minden, le 1" août; Hanovre, le 3; quelques jours après, Brunswick et WolfenbQttel ; tout le duché de Biamswick, tout l'Électorat de Hanovre étaient virtuellement conquis. Si le duc de Cumberland se retirait à marches forcées sur Nienburg et Brème, ce n'était point pour essayer de défendre le bas Weser, c'était pour sauver ce qu'il pourrait des magasins qu'il y avait fait établir. Toutes ces nouvelles, arrivant coup sur coup à Paris et à Compiègne, augmentaient, avec la gloire du maréchal d'Estrées, l'embarras et la mauvaise humeur de ses ennemis.
C'était un de ses neveux, le marquis de Louvois, que le maréchal avait envoyé, deux jours après le comte de Gisors, porter au roi le détail de la bataille et la soumission de Hamelen. Ce jeune homme, froidement accueilli, n'avait d'autre guide et d'autre appui que M. de Puysdeulx, beau-père du maréchal; mais, depuis qu'il s'était retiré des affaires *, l'intluence de M. de l*uyzieulx n'était plus en état de lutter contre celle qui accablait son gendre. Il n'y avait dans le Conseil qu'un seul homme qui pût réclamer quelque justice au nom du maréchal d'Estrées ; c'était le ministre à qui il avait dû son commandement et dont on s'était caché pour le lui reprendre, le maréchal de Belle-Isle.
Après la surprise des nouvelles qui l'avaient assailli h son arrivée, le premier sentiment du comte de Gisors avait été un redoublement de reconnaissance pour le général à la bonté duquel il devait de revoir son père,
1. M. de Puyiliulx avait clé ministre des aflaires élrangcres du mois do janvier 1747 au mois de septembre 1761.
SENTIMENTS GENEREUX DE M. DE OISORS. 24o
dans le moment même où celui-ci, attristé, consterné d'une disgrâce qui l'atteignait par contre-coup, avait le plus grand besoin de consolations et de tendresse. La tendresse de M. de Gisors, généreuse, vraiment virile, n'était point de celles qui conseillent la résignation et la faiblesse; chez lui, la piété filiale s'animait de la passion du juste. Le maréchal d'Estrées venait d'être, à Tinsu de son père, victime d'une odieuse intrigue ; c'était à son père de réagir vigoureusement en faveur du maréchal et des siens, a Jugez, lui écrivait-il, s'il n'est pas dans mon cœur de désirer avec ardeur la fortune du neveu d'un général malheureux dont le dernier acte a été un bienfait à mon égard. Personne, dans ce moment-ci, hors vous, ne protégera M. de Louvois à la cour; mais vous lui devez tenir lieu de tout. Il suffiroit à M. de Puyzieulx que son neveu fût colonel; je pense que vous ne devez pas être content à moins qu'on ne lui donne le régiment de Guyenne, vacant par la mort de M. de Laval. De grâce , employez tout votre crédit pour cela. Que ceux qui connoissent toute votre amitié pour M. d'Estrées la reconnoissent à la vivacité de vos sollicitations; que ceux qui vous accusent de l'avoir abandonné rougissent d'une pareille calomnie, et que votre fils n'ait pas l'embarras de voir la famille de M. d'Estrées victime de la généreuse amitié avec laquelle il m'a préféré pour porter la première nouvelle. Jamais rien de personnel ne m'intéressera ni ne m'agitera autant que l'avancement de M. de Louvois, parce que cela sera le digne ouvrage d'un père que j'adore*. » Le régiment de Guyenne était déjà promis à un autre.