EMBARRAS DES ENNEMIS
Nommé colonel aux grenadiers de France, M. de Lou- ▼ois ne jouit malheureusement pas longtemps de son grade; à peine de retour à l'armée, il mourut. Mais le souvenir du généreux appui qu'il avait reçu du comte de Gisors ne s'éteignit pas avec lui.
C'était un grand exemple que donnait aux honnêtes gens la fermeté de ce jeune homme; bienlôt d*autres voix se joignirent à la sienne, et il ne tarda pas à se former, à Paris et à la cour, un concert désagréable aux ennemis du maréchal d'Estrées*. Entre eux, n'osant trop élever la voix, ils chuchotaient, essayaient de se raffermir, se prêchaient mutuellement la patience. « Mon Dieu ! écrivait à Duvemcy M. de Crémille, que nous en aurons à dire, vous et moi, sur cette journée! En attendant , laissez dire les autres, et ne vous affectez point de ne voir pas prendre en bien ce qui cependant se fait pour le bien. Tout sera bientôt mis à découvert, et on verra de reste que le parti qu'on a pris étoit nonseulement le meilleur, mais qu'il étoit indispensable ^. » Voici ce que, pour sa part, Duvemey mandait au comte de Maillebois : « La commotion a été telle qu'on l'avoit prévue. Chacun, dit-on, se renvoyoit la balle ^, et je suis averti que, par-dessus le marché, je suis mis en jeu, comme si de pareilles déterminations dévoient être l'effet des affections, des fantaisies, de la brigue, et non pas d'une connoissance profonde de l'objet. On en dira tout ce qu'on voudra; je suis trop vieux pour
1. Voir les réflexioni du duc de Luyne», Mémoirei, t. XVI, p. 307 et fui vantes.
2. De Compiègne, 3 août t757, avec un poBtscriptum du 4 , qui est le passage cité. Correspondance Duverney-Crémille, n* Zh,