MÉCONTENTEMENT GÉNÉRAL
Le corps expéditionnaire, moins les troupes légères, les grenadiers de France et les carabiniers, qui furent laissés en observation dans l'ancien cartip de l'ennemi, revint donc à Walle le i" septembre, mourant de faim, harassé, mécontent, désuni. « La même fatalité qui a accompagné tous nos détachements a régné encore dans celui-ci, écrivait M. de Gisors à son père; beaucoup de disputes et de reproches entre les principaux chefs. C'est quelque chose, en vérité, de bien déplorable que nous n'ayons jamais vu les ennemis que pour nous quereller entre nous sans leur faire beaucoup de mal. Vous seriez affligé si , comme moi , vous voyiez le peu de confiance et de volonté de cette armée. M. de Contades est absolument négligé ; M. de Chevert, malgré les caresses qu'on lui fait, est rebuté par les lettres qu'il a reçues du ministre. Voilà cependant nos deux meilleurs officiers d'infanterie. La plupart des chefs de corps sont mécontents du peu d'attention que la cour a pour eux, et ruinés par les frais d'une campagne qui a été fort chère. Tel est le tableau exact de notre armée, laquelle du reste, quant au soldat, est dans l'état le meilleur, tous nos vieux corps ayant plus de 2,200 hommes sous les armes, les autres à proportion. Le printemps prochain, cette armée-ci sera en état de tout entreprendre ; mais il est nécessaire que l'esprit s'en renouvelle, que l'humeur se dissipe et que l'union succède à la désunion qui règne ici entre nous, on ne sait pas pourquoi... D'après cela et d'après notre misère, tout le monde est enchanté que la campagne finisse, afin que les esprits se calmant dans le repos de l'hiver, l'aisance dissipant les murmures et adoucissant l'humeur, nous revenions l'année prochaine