‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 237 sur 422 · S8 VISITE DU COMTE DE QISORS · texte numérisé non relu

S8 VISITE DU COMTE DE QISORS

chai de Richelieu la permission d'aller faire sa cour au duc régnant de Brunswick, beau-frère du roi de Prusse, qui était alors retiré au château de Blankenburg, à trois ou quatre lieues de Halberstadt. a Les princes infortunés méritent plus de respect que les autres, écrivait-il à son père, et, en vérité, c'est un spectacle bien touchant de voir un souverain réfugié sur mi rocher d'où il découvTe tous ses États en proie au tléau de la guerre et de malheureux sujets qui sont les tristes victimes du mauvais pai'ti qu il a pris. Nos maraudeurs ont mis le comble à l'amertume de son sort, en allant jusqu'à Blankenburg, malgré sa garde, piller les habitants du seul village qui lui reste. M. le maréchal, comme vous pouvez croire, a sévi contre eux, mais le mal étoit fait. Le duc m'a très-bien reçu, m'a montré beaucoup de regret de ce que je ne m'étois pas arrêté chez lui dans le cours de mes voyages, m'a demandé de vos nouvelles et m'a chargé de vous faire ses compliments. La duchesse*, après le dîner, n'a pu s'empêcher de m'ouvrir son cœur sur le changement du système de la France. J'ai répondu à ses reproches avec les égards qu'on doit au malheur, mids cependant avec la fermeté qu'il convient d'employer pour faire connoître l'équité et la générosité de son maître. Convenant que le roi de Prusse étoit un ami précieux, un ennemi respectable, j'ai exposé ses torts, je me suis récrié sur la patience du roi qui auroit pardonné des engagements contraires à ses intérêts, si on ne l'avoit pas soupçonné d'en avoir pris de contraires à la bonne foi, et l'ai assurée que le roi auroit garanti son frère de tous les dangers qui le me-

t. Elle était sœur de Frédéric 11.

AU DUC DE BRUiNSWICK. ?80

nacent, s'il ne s*y étoit pas livré lui-mCme. Embarrassée de ce que je lui disois, son dernier argument, a été de me demander combien ce nouveau système dureroit. ce J'ignore l'avenir, luiai-je répondu; d'y pénétrer (( n'appartient pas à un soldat dont le devoir est de se « battre contre les ennemis de son maître, mais qui, a en le remplissant, ne cesse d'être pénétré de toute la c( reconnoissance qu'il doit aux bontés d'un prince « qu'il a été assez heureux pour admirer de près pence dant trois mois. • Ainsi finit une conversation dont, j'espère, vous ne serez pas mécontent*. »

Sauf cette visite à Blankenburg, M. de Gisors ne s eloignait guère de son régiment. « Il faut, disait-il, montrer au soldat qu'on partage ses peines '^ » L'ordre général avait été donné aux troupes de se construire des baraques; c'était le signe que l'armée devait longtemps séjourner autour de Ilalberstadt ; aussi cet ordre fut-il d'abord mal accueilli. Cependant, au mois d'octobre, des bai'aques valaient mieux que des tentes. Le régiment de Champagne venait à peine d'achever son installation qu'il fallut brusquement la quitter. Le 15 octobre,

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