Gisors à Dcllc-Ule, 10 oclobrc [liUîJ
leroit tous les traites de l'Europe pour chercher le projet de quelque réponse à M. Tarchevûque sur un fait arrivé dans la paroisse de Saint-Étîenne-du-Mont. Ah! messieurs les ministres, méfiez-vous de toutes ces petites mères de TÉglise. Nous autres particuliers pouvons vivre avec elles en essuyant le débordement de leurs 5i, de leurs maisj de leurs car, et de toute leur politique ; ce torrent-là écoulé, on retrouve en elles des femmes aimables, gentilles, et dont le temporel dédommage du spirituel ; mais vous, messieurs, gardez-vous-en; elles ne cherchent qu'à vous séduire; un mot, un geste qui vous échappe, tout est interprété et bien vite rapporté à la société, laquelle d'après cela, jour et nuit, disserte sur les partis qu'on pourra prendre pour obvier aux malheurs qui n'arriveront jamais. Si elles vous caressent , ces petites mères, c'est pour vous séduire, et, dans l'instant où elles vous verront enchantés d'elles, vous donner des conseils relatifs à leurs fins. Est-ce là votre portrait, ma commère? Dites-le de bonne foi? Je vous connois comme si je vous avois fait; vous devriez aussi me bien connoître, Huchette^ car il me semble que je ne vis que depuis que mon sort est attaché au vôtre et que nous n'en faisons réellement qu'un. Il n'y a que sur la guerre et les affaires de TÉglise que le moi qui est à Paris et le moi qui est à Halberstadt se séparent. Dussé-je me réveiller, songeant comme toi à M. l'archevêque, je voudrois bien ce soir m'endormir dans tes bras*. »
1 . Ces deux leltrcs du comte à la comtesse de Gisors se trouveat dans les Archives du Dépôt de la Guerre [34G9, n<*' 169 et 176]. Nous rétablissons dans cette note le préambule de la première. « Au camp de Halbcrefadt , le 15 octobre 1767. Aujourd'hui, Jo ne t'appellerai
t94 INACTION DE L'ARMEE.
Dans UD temps où les affections de famille n étaient guère de mode, où les bons ménages, dit-on, pouvaient se compter facilement, une lettre comme celle-ci, comme celle qui a précédé , n'est-elle pas un monument considérable ? Quel charme dans toutes les deux ! Oans la première, quelle éloquence ! quel sentiment du devoir! L'histoire a illustré des vieillards qui ne valaient pas ce jeune honune. Dans la famille, dans la société, dans Tarmée, le comte de Gisors est un modèle qu'on peut recommander aux plus dignes.
Le 21 octobre, en môme temps qu'il écrivait à sa femme, M. de disors écrivait au maréchal de Rellc-lsle : « Rien de nouveau à notre armée. Nos soldats, qui ont l'eau, le bois et les légumes en abondance , sont fort gaillards; les officiers, qui meurent de faim et dont toutes les ressources sont épuisées, sont fort tristes. » Pourquoi ce séjour prolongé autour de Halberstadt, lorsqu'il était notoire que le prince Ferdinand de Brunswick avait quitté Magdebourg pour rejoindre en Saxe le roi de Prusse? C'est l'entêtement de Paris Duvcmey qui en était cause.
Dès longtemps, avant et depuis l'ouverture de la campagne, il n'avait cessé de vanter Halberstadt, bonne
plus madame , mais bien ma chérie Htichette , parce que j'ai reçu de toi une Jolie lettre, u* 15. Je yous l'ai dit cent fois, Je suis bonhomme ; pourru qu'on m'écrive absent, et qu*on ne me donne pas des coups de pied dans le ventre, quand Je suis présent, Je suis content comme un roi. Ne va»-tu pas croire, ma reine, elc »
LE PAYS DE HALHERSTADT. )l\ib
place de guerre dans un riche pays, disait-il, base des futures opérations , poste indispensable pour faire, au printemps prochain, le siège de Magdebourg. Le 10 octobre , il écrivait au marquis Dumesnil : a Un officier qui se connoît en pays mande à mon frère que les villages sont assez écartés les uns des autres dans celui où vous êtes, mais qu'il y a de gi'osses fermes autour desquelles on voit des meules de grains plus hautes et trois ibis plus grosses que le colombier de Brunoy. Quel dommage, mon ami, qu'une denrée aussi précieuse fût gaspillée!... Je tremble que votre armée ne fasse im tort irréparable aux ressources que je connoissois depuis si longtemps dans ce pays-là '. » Crainte superflue ; il y avait du temps que le colombier de Brunoy n'avait plus à redouter la comparaison des belles meules du pays de Ilalberstadt ; le prince Ferdinand de Brunswick y avait mis bon ordre. En vérité, le correspondant de Montmartel était bien en retard ou sa lettre d'ancienne date ; au 10 octobre, les environs de Ilalberstadt, à plusieurs lieues à la ronde, étaient parfaitement nets de grains et de fourrages.
Il en était des richesses de cett€ terre promise comme de la place et de ses puissants moyens de défense. « Ce matin, écrivait M. de (iisors le 30 septembre, M. le maréchal a fait le toiu* des remparts d'Halberstadt; je l'y ai suivi. Ces prétendus remparts n'ont que trois pieds de large sur vingt pieds d'élévation, et le parapet en maçonnerie ne laisse découvrir la campagne qu'à travers les créneaux qui y sont ménagés. Point de fossé dans la plus grande partie et pas un flanc; les tours qui se
1. Correspondance Du verney- Dumesnil, n*' 39. — Paris de Monlmariel était propriétaire de la terre de Brunoy.
296 ENTETEMENT DE DDVERNEY
trouvent de distance en distance ne sont pas susceptibles qu'on y place du canon. Ainsi vous voyez, d'après cela, que ceci n'est pas un poste tenable pendant l'hiver. Il faudroit quinze bataillons, avec lesquels j aimerois mieux aller livrer bataille dans la plaine que de défendre de pareils murs. Ce que je vous dis, tous les officiers généraux le pensent, et ce que nous sommes de troupes ici ne suffirions pas pour fortifier cette \ille comme il conviendroit *. »
M. de Richelieu partageait absolument l'opinion qu'on vient de voir: nouvelle difficulté entre Duvemey et lui, juste au moment où le premier, cédant à Tamitié dont il se disait pénétré pour le maréchal, avait encore une fois consenti à sortir de Plaisance. « Il a fallu renoncer au repos et reprendre les affaires , écrivait-il à Dumesnil ; mais cela ne sera pas long, parce que sûrement ma santé n'y résistera pas. L'esprit de votre armée, la foiblesse que l'on attribue à votre général pour y étabUr l'ordre, ses idées sur ses quartiers, l'affiche que l'on ne pourra pas faire le siège de Magdebourg l'année prochaine, m'attirent tous les jours des reproches; ses ennemis triomphent, et tout cela contribue beaucoup à me décourager... En dut-il coûter un million, je voudrois fortifier Halberstadt, y mettre, si cela étoit nécessaire, cent pièces de canon... Le seul appa7 reil de cette disposition seroit capable d'en imposer au roi de Prusse de manière à nous laisser tranquilles pendant le quartier d'hiver. Si l'on n'occupe pas Halberstadt, M. de Soubîse ne sauroit prendre ses quartiers dans le bas de la Saala , et nous veiTons des ar-