I/ARMKE ET LE ROI DE PRUSSE
sais bien bon gré de ne me pas montrer plus d'humeur qu'il ne m'en montre, dans un moment où j'ai lieu de croire qu'il vous attribue en partie les dégoûts qu'il éprouve '. » Celui que cette lettre eût le plus étonné sans doute, c'est le maréchal de Richelieu; mais en aurait-il bien compris la loyauté profonde ?
De nouvelles dépêches de la cour étaient venues déranger les derniers plans du maréchal ; la marche des régiments était suspendue ; Picardie et Navarre s'établissaient dans Ilalberstadt ; Champagne entrait dans la ville même d'Oschersleben ; tout le reste de l'infanterie prenait ses cantonnements dans les villages voisins^. « 11 paroit par toutes les nouvelles qui nous sont venues de Halberstadt, écrivait M. de Gisors, le 3 novembre', qu'on a peur du roi de Prusse, duquel on se croit trèsprès, n'étant qu'à vingt-trois lieues de lui. » Cette crainte durci de Prusse n'était pas seulement l'effet de ses premiers coups dans cette nouvelle guerre ; c'était le résultat de ses anciens triomphes, quand il était l'allié de la France, une crainte admirative. Depuis quinze ans, dans l'armée française, on ne faisait que citer, vanter, prôner le génie du roi de Prusse, les institutions militaires de la Prusse. Comment les troupes qui marchaient contre un ennemi qu'on leur avait toujours représenté comme un type, comme un parfait modèle, n'auraient-elles pas senti quelque émotion dangereuse? C'était l'inquiétude, juste cette fois, de Paris Duverney. tt II y a, écrivait-il au marquis Dumesnil, des faits d'o*
t. 28oclobrc[3i42].
'>, Gisors à Bellc-Is!c, l'^ct 2 novembre [3^3]. 3. Celle leUre, dalée par erreur du 3 octobre, est dans le t. 3441, n« 3f.
pinion qui m'ont frappé... Je vous exhorte, en particulier, à ne pas souffrir que le roi de Prusse devienne notre épouvantai!, comme Marlborough Tétoit autrefois. On nous a toujours reproché de trop mépriser nos ennemis ; ce peut être un défaut dans un général, mais ce n'en est pas un dîuis les troupes, et il me semble qu'un général est bien heureux quand il en mène qui sont dans l'opinion qu'elles doivent toujours battre. Je serois au désespoir que vous fussiez dans le cas de me confirmer tout ce que j'ai entendu dire sur cela*. »
C'était chose grave aussi que le mécontentement qui faisait d'effrayants progrès dans l'armée. Le traitement, c'est-à-dire les indemnités données pour le quartier d'hiver, était bien au-dessous de ce qu'on avait attendu ; les lieutenants-colonels et les commandants de bataillon se croyaient particulièrement maltraités. « Si, loin d'étouffer les murmures, ils les excitent, disait M. de Gisors, comment le roi sera-t-il servi? Ce que je sais de plus certain et qui est affreux, c'est qu'il y a vingt-trois commandants de bataillon qui ont envoyé leurs démissions à la cour... Il n'y a pas un sol chez le trésorier. Jugez du train que cela occasionne et des propos de toute espèce qui se tiennent sur le défaut d'argent dans un pays où on lève des contributions. En vérité, je ne sais pas comment ma tête tient à tous les propos que j'entends, et il n'y a pas de laboureuï* qui travaille avec plus de peine que moi pour ramener les esprits. Le régiment, moyennant mes soins, n'est pas trop plaignant en public... La subordination est si mal établie,