‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 258 sur 422 · DANS LES NEGOCIATIONS DE CL08TER-ZEVEN · texte numérisé non relu

DANS LES NEGOCIATIONS DE CL08TER-ZEVEN

convention. Était-il d'ailleurs nécessaire d'attirer sur ce point l'attention du maréchal? Non, sans doute, car il y avait bien songé lui-même. Dans la dépêche qu'avait portée au ministre de la guerre, avec le texte de la convention, le duc de Duras , M. de Richelieu dieait expressément : « Les voilà dispersés à jamais ; je n'ai pas voulu prononcer positivement leur désarmement et . leur dispersion, parce qu'il peut être dangereux de pousser à bout par des termes trop durs dans les premiers moments;... c'est à vous à le prononcer plus explicitement vis-à-vis du landgrave, du duc de Brunswick et du Gotha. Ce qui reste des troupes de Hanovre dans la banlieue de Stade est comme nul par la garantie du roi de Danemark*. » Pour en finir plus vite, il avait donc sciemment omis pour son compte et laissé à la charge du gouvernement tout ce qu'il y avait de difficile et de grave. Il avait môme tellement conscience de sa faute que, dès le 15 septembre, il écrivait encore au ministre de la guerre : « J'attends avec impatience votre ordre pour le désarmement et la dispersion des troupes de liesse et de Brunswick; je le ferois toujours par prudence , si je ne recevois pas à temps de vos nouvelles^, »

Aux cris de triomphe poussés d'abord à la cour par la coterie du maréchal répondirent tout de suite les critiques; ce n'était pas M. de Belle-Isle seulement qui se récriait, c'était un ami dévoué de M. de Richelieu, Tabbé de Bernis : comment le maréchal n'avait-il pas interdit aux Ilanovriens la liberté de porter les armes ?

1. Richelieu h Paaimj, 10 seplembrc 1757 3. Ricltelieu à Paulmy, 15 septembre 1757

3440, ri« ?H].

S16 LA CONVENTION RECTIFIKE.

Devant le public, Duverney soutenait que tout était bien, parce qu'il n'avait pas été possible de mieux faire; au maréchal il écrivait pour le presser de suppléer au texte de la convention en faisant prendre et déposer dans les arsenaux les armes des troupes auxiliaires ^ Cependant, malgré ces incitations et ses propres promesses, M. de Richelieu ne put se décider à rien faire; pour combler la mesure de ses fautes, au lieu de rester avec la plus grande partie de ses forces dans le voisinage des Hanovriens, il s'était éloigné de

cinquante lieues, il était allé vers Halberstadt attendre les ordres du gouvernement. Le 5 octobre, M. de C4rémille écrivait de Versailles à Duverney : « La convention vient d'être expUquée et rectifiée, de façon que M. l'abbé de Demis est dans une joie extrême. Les troupes hessoises et autres auxiliaires vont être désarmées, les Hanovriens, tant ceux d'au delà qu'en deçà de l'Elbe, seront tenus de ne servir de toute la guerre contre le roi ni contre ses alliés... Voilà enfin une bonne besogne faite et telle que vous la désiriez^. »

S'il peut être dangereux, comme disait M. de Richelieu, de pousser à bout des gens désespérés, il est infiniment plus dangereux et difficile, quand ces gens ont subi de certaines conditions et s'y sont faits, de leur imposer tout d'un coup des exigences nouvelles. Ce fut le cas des Hanovriens ; ils se récrièrent, ils protestèrent, ils dénoncèrent à l'Europe la mauvaise foi des Français. Le roi de Danemark blessé retira sa garantie; le roi d'Angleterre désavoua la signature de son fils ; le roi

1. Duverney à Richelieu, 20 et 24 septembre. Correspondance imprimée, t. I, p. 187 et 213,

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