CHANGEMENT D'ATTITUDE
faibles. Cependant, puisque l'ennemi ne s'était pas cru sans doute assez fort pour attaquer l'armée quand elle était d'un bon tiers moins nombreuse, le moment était venu de changer d'altitude. Des ordres furent donnés pour rétablir deux ponts situés, l'un au-dessus, l'autre au-dessous de Zell, et que le maréchal avait d'abord fait détruire. L'ennemi parut voir les travaux avec la plus grande indifférence. A la gauche, les grenadiers de Champagne passaient tranquillement la rivière et s'en allaient, à quatre-vingts pas des grand'gardes hanovriennes , arracher des palissades pour se chauffer. On s'occupait même de refaire le pont de la ville. « Rien n'est plus plaisant, écrivait M. de Gisors, que la bienveillance avec laquelle le poste hanovrien qui est précisément à la barrière nous voit travailler. La sentinelle m'a demandé du tabac que les travailleurs lui ont passé de la main à la main; l'officier m'a ôté son cha-> peau. D'après cette tranquillité, on croit dans l'armée qu'il y a sur le tapis une nouvelle convention. Cependant, sur le rempart, on chauffe des boulets pour tirer sur le faubourg de Lunebourg au premier coup de fusil qui troublera notre travail '. »
On eût dit que le prince Ferdinand voulait faire luimême un pont d'or au maréchal de Richelieu, pour l'attirer sur la rive droite de l'Aller. Le 20 décembre, il avait reculé ses campements, appuyé sa gauche au ruisseau de Lacht, et sa droite, qu'il semblait refuser, au ruisseau de Kleinhelen. Le maréchal devaît-il se rendre à cette invitation muette ? Ce n'était pas l'avis de M. de Crémille. Depuis plusieurs jours, la neige