‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 289 sur 422 · Papiers de Clermont, campagne de 1758, t. I, n · texte numérisé non relu

Papiers de Clermont, campagne de 1758, t. I, n

2. Voir cl-de^suâlcs lettres du 28 oolobre el du 10 novemlire 1757, p. :U)0 et :n7.

3ri2 JUGEMENT DT' MARKCIÎAL DE BELLE-ISLE.

ficiers de rarméc. Tout ce que Ton auroit tiré des pays conquis auroit tourné au profit de la masse publique.. . L'abondance eût régné dans Tarmée et dans les camps, parce que tous les habitants auroient apporté de toutes parts leurs denrées et marchandises en sûreté, et auroient emporté tous leur argent de même... Tout le monde auroit été content, et alors le découragement, la mauvaise humeur et une grande partie de tout ce que vous me dites ei\t cessé, et il eût été beaucoup plus facile de remédier au reste. Xous serions également craints, respectés et bien voulus, au lieu que les François sont devenus en exécration. Le général retireroit toute sorte de secours et de services des habitants, et auroit au moins établi la balance contre le fanatisme qui règne en faveur du roi de Prusse. Je ne dis rien que je n'aie fait moi-même dans les mêmes pays, et j'en ai retiré tous les avantages que je viens de 'dire ^ vous avez dû vous en apercevoir dans vos voyages*...» L'abus des sauvegardes était celui que le maréchal de Richelieu avait pratique avec le moins de vergogne. Dans les pays malheureusement visités par la guerre, les propriétaires, communautés on particuliers, qui voulaient mettre autant que possible leurs biens à l'abri du désordre, sollicitaient du principal chef des troupes envahissantes une protection spéciale, une sauvegarde ordinairement représentée par une patente revêtue des armes et de la signature du général. Ces sauvegardes, librement demandées, valaient pour un temps plus ou moins long, au gré du solliciteur qui payait en conséquence. Le tarif, selon la règle alléguée par le mare-

t. HcUe Isle h Gisors. C «léoembrfi 1757 [3H5].

AHUS DKS SAUVEGARDES. 3o3

chai de Belle-Isle, était d'un louis par jour. Le produit en principe appartenait au roi qui, le plus souvent et par avance même, en gratifiait le commandant en chef de son armée et ceux des officiers généraux sous ses ordres auxquels était conféré le droit de déUvrer des sauvegardes. Il en avait été ainsi pour le maréchal d'Estrées qui en avait usé avec toute la modération d'un honnête homme, et pour le maréchal de Richelieu qui en avait usé d'une façon toute différente. Par exemple, il avait non-seulement élevé le tarif, ce qui, dans certaines limites, pouvait à la rigueur être de son droit, mais encore il avait fait aux propriétaires une obUgation absolue de prendre, sans rapport avec leurs besoins, un nombre excessif de ses plus longues sauvegardes ; en un mot, il les avait accablés des marques de sa protection. Au mois de février 1758, la régence de la ville de Brunswick avait encore entre les mains cent cinquante-six patentes, armoriées, signées, contresignées, valables jusqu'au 1" mai, et dont elle ne savait que faire, faute de domaines où les apphquer. Il en résultait que, du seul pays de Brunswick, le maréchal de Richelieu avait tiré pour sa part, du chef des ^sauvegardes, 146,000 livres, et après lui, le comte de Maillebois 40,000, le marquis de Voyer 33,000, etc. Quant aux fournitures, il y avait tels officiers généraux qui se faisaient délivrer, pour l'entretien de leur table, de quarante à soixante livres de poisson par semaine, « deux grandes bêtes fauves et une quantité indéterminée de petites pièces de venaison, les légumes assortis et le bois nécessaire'. »

1 . Ordre du comte de Clermont et Mémoire sur TafTaire des sauve- ^ardpF c\ip(^c8 par M. le mart^clial de Richelieu, avec pièces juslillra-

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