REFLEXIONS DE PARIS DUVERNEY
C'en était fait; l'obstiné rebelle qui avait jusque-là refusé son hommage au génie de Frédéric, Paris Duverney lui-même s'avouait vaincu. « A juger de sa conduite future par sa conduite passée, disait-il enfin, tout est croyable de sa part * . » Il ne lui marchandait plus les éloges; mais sa conversion, pour avoir été brusque, ne le rejetait pas, comme d'autres, dans un aveugle enthousiasme. Sa nouvelle admiration lui laissait la pleine liberté de son jugement; et comme il l'avait excellent, quand la passion ne l'égarait pas, les comparaisons que lui faisaient faire les vainqueurs de Leuthen, chef et soldats, méritaient d'être sérieusement méditées par ceux qui tenaient dans leurs mains le gouvernement de la nation et de l'armée française, u Quel honmie que ce roi de Prusse ! écrivait-il à Crémille; si les bons succès lui ont fait faire des fautes, les mauvais ne l'abattent pas et semblent, au contraire, ranimer son courage et multiplier ses ressources. Tant que nous ne considérerons ses forces que du côté du rapport numérique qu elles peuvent avoir avec les nôtres, nous aurons du mécompte ; il faut que ce rapport se trouve dans l'esprit et dans la conduite, et non pas dans le nombre des bras, sans quoi nos grandes armées seront battues par de petites, et nous renouvellerons les exemples qu'ont donnés tant de fois au monde guerrier les nations fastueuses et indisciplinées. Telles sont, monsieur, mes réflexions ; elles ne me laissent de repos ni jour ni nuit*. »
Le major général de l'infanterie à l'armée de Ha-
1. Duverney à Richelieu, 12 janvier 17S8. Correspondance ( imprimée), t. 11, p. 35.
2. Correspondance Dtnerne^-Crémiilc, 19 décembre 1767, n" SC.