OPINION DE M. DE GISORS
Ses coui'lusions morales, en définitive, étaient les mêmes que celles de Paris Duverney : a L'esprit d'indépendance et d'insubordination qui s'est glissé dans tous les états, entre autres dans le militaire, est une preuve certaine qu'il n'y a plus d'autorité. La subordination est le lien qui unit les hommes et fait l'harmonie de la société; quand il n'y en a plus, tout est confondu, et le chaos et la subversion suivent bientôt. C'est par là que sont tombés les empires les plus florissants. Quand personne ne sait obéir, personne ne sait commander, d
Cependant, pour entreprendre la restauration morale et sociale de Tarmée, la guerre n'était point un temps favorable ; c'est pourquoi les esprits les plus soucieux de la grandeur militaire de la France souhaitaient vivement la paii. « Ce n'est pas parler le langage d'un jeune honune à qui la guerre présente la plus brillante carrière, mais c'est celui du fils d'un bon citoyen, écrivait le comte de Gisors au mai'échal de Belle-Isle ; faites la paix, mon cher père. Il faut refaire un miUtaire qui soit eu état de soutenir la guerre glorieusement pour la nation et avoir des généraux lesquels inspirent à ce militaire la confiance qui est la véritable base des succès ; sans cela vous détruirez le peu d'hommes qui restent à la France, épuiserez ses ressources de toute espèce, et au lieu de protéger les autres, vous en serez bientôt réduit à défendre vos propres provinces. Le fâcheux est d'avoir tellement épousé les intérêts de l'impératrice que nous nous sommes absolument refusés au rôle de médiateur entre elle et le roi de Prusse. . . Malgré cela, je crois que s'il est redevenu maître de la Silésie, il offrira la paix; encore n'y auroit-il aucun moyen de l'accepter avec décence, si ce n'est en faisant
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dédoramager la Saxe. L'Angleterre isolée pour lors sera obligée de nous céder des avantages, lesquels nous seront plus essentiellement utiles que ceui qui pourroient résulter de nos victoires incertaines sur le roi de Prusse; et s'il venoit à nous vaincre, combien d'ennemis n'aurions-nous pas tout d'un coup sur les bras* !...» C'était la grande inquiétude du maréchal de Belle-Isle; aussi ne se consolait-il pas que l'armée hanovrienne eût échappç à une destruction qui pouvait être décisive. c< J'ai toujours dit et pensé, écrivait-il au mois de décembre 1737, que l'on ne pouvoit faire la campagne présente trop longue pour parvenir à abréger la guerre. Une campagne de plus peut en amener bien d'autres... » A l'Angleterre et à la Prusse, seuls ennemis déclarés de la France, il craignait de voir bientôt se joindre la UoUande, peut-être le Danemark; enfin, son imagination aidant, il voyait déjà en Russie, en Suède, même en Turquie, des révolutions qui ne pouvaient qu'être fatales à la politique française. « En un mot, disait-il, nous pouvons perdre, mais nous ne saurions rien acquérir^. »
De son côté, le comte de Saint-Germain écrivait à Pilris Duverney : a Je ne regarde nos campagnes et celles des Autrichiens que comme des incursions de Tartares... Il est très-vraisemblable que celte guerre sera sanglante ; il ne l'est pas également que nous aurons une meilleure conduite, et je ne Siiis pas s'il est bien prudent de compromettre encore son honneur pour tacher de le réhabiliter. J'ai mauvaise opinion des