LE COMTE DE CLEHMONT GÉNÉRAL EN CHEF
C'est de là qu'était sortie la Domination du nouveau général en chef. A vrai dire, le comte de Clermont en avait été plus surpris que réjoui ; autant il avait envié naguère le commandement au maréchal d'Eslrées, autant il eût laissé volontiers à quelque autre la succession du maréchal de Richelieu. Cependant sa bonne humeur et sa confiance habituelle eurent bientôt effacé cette première impression. «Enfin, mon cherCrémille, nous voilà réunis, s'écriait-il; j'ai la vanité de croire que si cela avoit été fait dès le commencement de la guerre, TÉtat s'en seroit mieux trouvé. Je suis chargé d'une rude besogne que je n'ai point recherchée, et je ne l'ai acceptée que comme attaché depuis quarante ans à un maitre que j'adore et à ma patrie; voilà deux sentiments auxquels il faut céder. La confiance que le roi m'a témoignée, la promesse que j'ai reçue d'être maître de ma besogne, ont achevé de déterminer mon penchant dans la liberté que j'ai eue de choisir qui me cunvenoit. Vous sentez bien que je vous ai nommé le premier. Le roi m'a dit qu'il s'y attendoit, parce qu'il savoit que je vous aimois. Je lui ai dit la vérité : c'est que le commencement et la suite de mon amitié pour vous étoient fondés sur ce que je vous avois reconnu zélé pour son service, citoyen, ne souhaitant que le bien , et ayant un cœur et par conséquent des sentiments, que cette conformité de caractère avec le mien m avoit fait vous aimer tendrement. Je sais que votre
santé ne vous permet pas toutes les fatigues qui nous sont préparées, mais votre âme la soutiendra. J'ai fait un sacrifice à mon maître en me chargeant de cette besogne-ci ; vous en ferez un autre en étant aussi utile que vous le serez malgré quelques infirmités, suite ordinaire de cette paillardise que je vous reproche par envie *. » Supprimer ce dernier trait, c'eût été défigurer le personnage; c'est un trait de physionomie.
M. de CrémiUe était déjà averti par le maréchal de Belle-Isle. «J'ai eu avec lui, écrivait le maréchal en parlant du prince, deux très-longues conférences, et j'en dois avoir encore plus d'une. Il y a longtemps qu'il m'honore de son amitié ; je lui ai parlé comme à mon fils. Il a exigé de moi de lui donner une espèce à'agenda contenant plusieurs articles tous également essentiels ; il vous le communiquera sans doute, et, comme cette matière est immense, vous y ajouterez encore bien des choses que j'ai omises^. » Les articles de X agenda pour la plupart avaient rapport à la discipHne; le maréchal y avait renfermé la quintessence de son expérience personnelle et des gi*andes traditions du règne de Louis XIV; car il y citait en exemple les maréchaux de Gatinat , d'Harcourt, de Berwick et de Bezons dont les armées, d'après son témoignage, étaient les plus disciplinées, et qui, avec de très-petits moyens, avaient exécuté de grandes choses. Dans un article tout à fait spécial, il recommandait au prince d'apporter la plus grande attention à son artillerie , afin de pouvoir lutter à aimes égales contre le roi de Prusse qui avait aug-