ÉTAT DES HOPITAUX
et d'indignation, a Les hôpitaux, écrivait-il au ministre de la guerre, sont dans un état si pitoyable que le cœur le plus dur en seroit sensiblement touché. Il y règne une saleté et une puanteur qui seules feroient périr rhomme le plus sain ; aussi presque tous les médecins, chirurgiens et inflnniers tombent malades, et il en meurt beaucoup. Il n'y a ni lits, ni linge, ni médicaments, et souvent le bouillon manque. Il m'est même revenu que le peu d'exactitude avec laquelle on payoit les chirurgiens, joint à la crainte qu'ils ont de l'air pernicieux qu'on respire dans ces hôpitaux, en a détermine beaucoup à déserter, et même quelques-uns à passer chez le roi de Prusse*. » C'était des hôpitaux de Hanovre, capitale d'un Électorat, quartier général de l'armée, que parlait le comte de Clermont ; qu'était-ce des autres? L'ennemi ne lui laissa seulement pas le temps de s'en informer.
1. 16 février. — Voici, sur le même sujet, un passage d'une autre lettre du comte de Clermont au maréchal de Belle-Isie, du 31 mari : m Ce quMI falloit anéantir au lieu de la continuer, c'est la compagnie des hôpitaux. Elle est détestahle, inhumaine, ne cherche qu*à voler, n'est pas assez forte pour soutenir les avances nécessaires ni les dépenses indispensables. Elle a à sa tête le vieui Monlis, le plus honnûte homme du monde, mais qui radote, et n*a nulle sorte d'autorité sur ses aaiocit's. Jamais les hôpitaux n'iront , tant que cette compagnie en sera chargée , ou bien il faudra que Je fasse sans cesse des punitions , des exemples, et que Je sois toujours à gronder, à me fâcher, sans que le bien en résulte au point où il le faudra. Je ne connois point cette compagnie, je ne m'intéresse à aucune autre, j'en demande seulement une qui soit en état de bien faire, de gagner ce qu'elle doit gagner, et de ne pas fonder une fortune immense sur la misère , l'anéantissement et la mort des sujets du roi. o Pap. Clermont, 1758, t. I, n^ 75 ; t. Il, no92.
376 REPRISE DES HÛ8TILITKS.
Une lettre adressée au maréchal de Richelieu, mais venue par succession entre les mains du comte de Clermont, lui avait donné, dès son arrivée à Hanovre, les premières nouvelles de Tennemi. C'était une lettre du prince Henri de Prusse, altière, indignée, menaçante, au sujet de la récente incursion du marquis de Voyer dans la principauté de Halberstadt • . Les représailles qu'elle annonçait étaient-elles prochaines? Malheureusement le comte de Clermont n'en pouvait rien savoir : les informations, si ce n'est par quelques espions de bas étage, lui manquaient. Il en était désolé, non surpris : « L'on n'est point aidé quand on est détesté, disait-il, et assurément nous le sommes bien cordialement, même parmi ceux que nous comptons au nombre de nos amis^. » Cependant il ne se croyait pas si menacé qu'il l'était réellement.
Arrivé le U février, seulement inquiet le 16, il était, le 18, en pleine crise. Partout, de Brème à Wolfenbattel, du confluent de l'Aller aux sources de l'Ocker, l'ennemi manœuvrait pour percer ses cantonnements : à l'extrême gauche le prince héréditaire de Brunswick, au centre le prince Ferdinand, à droite le prince Henri de Prusse. L'ancienne armée du duc de Cumberland, grossie par des renforts prussiens et anglais, comptait
1. Pap. Clermont, J758, 1. 1, n« 1 1. C'est la lettre originale datée de Leipsick, 30 janvier 1758.