LeUre autographe du 28 février 1758. Ibid,, n^SS
380 EVACUATION DE VERDEN.
que lo prince de Bauffremont avait laissé à Vorden, prit le parti d'évacuer la place et de se replier avec la garnison sur Brème. Il est certain que cette retraite fit grand bruit au quartier général et à Versailles. M. de Saint-Chamans, attaqué dans une mauvaise place par des forces supérieures, avait craint d'y sacrifier ou d'y faire prendre inutilement ses troupes. Sans doute il eût mieux fait d'y soutenir la lutte, au risque d'y succomber héroïquement; l'apathie morale de l'arméo avait besoin d'être secouée et réveillée par quelque choc énergique. L'exemple avait manqué à Verden; Hoya y pourvut.
Le maréchal de Richelieu était bien coupable; de tous ces postes dispersés et comme perdus sur un si vaste espace, il avait écrit au roi qu'il n'y avait pas d'in* quiétude à prendre, parce que chacun d'eux était une citadelle ^ On vient de voir ce qu'était Verden ; Hoya ne valait pas davantage. Lorsque le comte de Chabo y était arrivé, il n'y avait trouvé aucune disposition défensive : point d'enceinte, point de redoutes ; à peine même y avait-il des munitions. Il fallut faire venir des cartouches de Brème; les chariots qui les apportaient faillirent être pris par les llanovriens. Le 23, la ville fut as* saillie en môme temps par les deux rives du Weser, lo prince héréditaire de Brunswick ayant, la nuit précédente, passé ^uv des barques et des radeaux, avec cinq bataillons. Le comte de Chabo, vaillamment secondé par le chevalier de Lemps, lieutenant-colonel du régiment de Bretagne, fit une admirable défense. Animés
1. Belle-Itle au comte de Clcrmonl, 24 février. Pap. Clermont, 1758, I. I, n» 79.
PiUSE DE HOYA. 381
par la voix et par Texemple de leurs chefs, les volontaires royaux, les grenadiers de Bretagne, les gardeslorraines se battirent avec la plus brillante valeur. Un tlux et un reflux de combattants allait et venait par les rues, à travers les maisons renversées par les bou*^ lets. Enfin le moment vint où les débris de la garnison s'enfermèrent dans le réduit, une masure ouverte à tous les coups. Exposés à bout portant, pour ainsi dire, au feu de huit pièces de canon, ils capitulèrent, et ils sortirent gardant leurs armes et libres de les tourner, dès le lendemain, contre leurs vainqueurs.
La prise de Hoya donnait aux Ilanovriens le passage du Wescr. Les deux parties de Tarmée française entre lesquelles il leur était dès lors facile de manœu- \vei\ Textréme gauche à Brome, le centre à Hanovre, ne pouvaient plus garder leurs positions, sous peine d'être séparément tournées et peut-être détruites. Le 24, le comte de Saint-Germain rassembla tous ses quartiers, sortit de Brème et se replia sur Osnabriick, où il arriva le i" mars. De douze coumers qu'il avait envoyés au comte de Clermont, un seul put échapper à l'ennemi. De tous les courriers que lui avait dépêchés le prince, aucun n'arriva jusqu'à lui pendant sa retraite'. Le 25 février, le comte de Clermont instruit de la chute de Iloya et vaguement informé de révacuation probable de Brème, avait envoyé à la Cour Tavis formel de sa prochaine retraite sur la rive gauche du Weser, à Ilamelcn, où il avait résolu d'établir son quartier général; c'était le cinquième courrier qu'il dé-
1. Sainl-Germain à Duvernejr, leUre et reIatioO| 5 mars 1758. -* Correspondance imprimée, t. Il, p. 4 et Buivantef.