‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 312 sur 422 · LETTRE DU COMTE DE.CLERMONT · texte numérisé non relu

LETTRE DU COMTE DE.CLERMONT

péchait depuis neuf jours, h Versailles, tous avec des nouvelles contradictoires'. Jamais la Cour n'avait été soumise à de pareilles agitations.

Le prince avait quitté décidément Hanovre le 28 février; le lendemain, du campement de Holtensen, il écrivait au maréchal de Biron, un de ses vieux amis : <c Que vous dirai-je? Rien de bon, rien qui ne doive faire saigner le cœur d'un citoyen. Cette pauvre armée, si tant est qu'on doive la plaindre, est dans un état misérable, toute nue, sans tentes, des compagnies où il n'y a pas douze hommes, les hôpitaux d'une saleté et d'une puanteur affreuses, point d'infirmiers, peu de linge, peu de bouillon ; enfin nous sommes dans un délabrement inconcevable ; point de discipline ni dans l'officier ni dans le soldat; presque point d'officiers au corps. Voilà notre situation; nous la savions, vous et moi, avant mon départ. Je me suis déploré bien souvent avec vous sur ce que Ton avoit jeté les yeux sur moi pour me mettre à la tôte de cette armée ; mais il faut voir ce que je vois pour juger du point où tout est en tout genre et dans toutes les parties. Cela est inconcevable, et si on ne fait pas diamétralement et absolument le contraire de ce que Ton a fait jusqu'à présent, il est impossible que je remédie à tout ceci, je ne dis pas moi seul, mais qui que ce soit, quand les plus grands généraux reviendroient au monde. J'ai été obligé d'abandonner la position où j'étois et de repasser le Weser. En voici les raisons : pas une des places

1 . On lui avait recommandé de ne pas épargner les courriers. « Quand les clioseé exigeront que j'en envoie, avait-il écrit, le 10 février, au ministre de la guerre, vous les verrez arriver comme des compagnies de perdreaux. »

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