‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 318 sur 422 · MINISTRE DE LA OUERRE · texte numérisé non relu

MINISTRE DE LA OUERRE

d'un secrétaire d'État. Cependant ne fallait-il pas qu'il fût secrétaire d'État pour être effectivement ministre de la guerre? On chercha des précédents ; à défaut de maréchaux de France, on trouva des cardinaux qui avaient été secrétaires d'État, le cardinal de RicheUeu et le cardinal Dubois, par exemple. Le maréchal balançait encore ; les ducs et pairs, en n'approuvant point sa délicatesse, levèrent ses derniers scrupules. Le 21 mars, le comte de Gisors, qui venait de le quitter depuis quelques jours pour rejoindre l'armée, lui écrivait des emirons de Munster : a Je savois déjà, avant de partir, combien tous les ducs et pairs désiroient que vous prissiez la charge de secrétaire d'État, et je suis charmé que vous vous y soyez déterminé. Puisque vous avez, par condescendance pour le roi, accepté le titre de ministre de la guerre, il faut que vous en ayez toute l'autorité et que rien dans ce département ne s'exécute que par vous. M. de Maurepas est, je crois, celui qui vous éclairera le mieux sur les moyens de diminuer le nombre des signatm^es qui sont au nom du roi et en commandement ; ce sont celles dont j'ai toujours pensé que vous ne pouviez vous dispenser et qui ne vous prendront pas une demi-heure par jour ^ »

Enfin le maréchal de Belle-Isle était de fait et de droit ministre de la guerre , et madame de Pompadour

1. [3473, n*' 149]. — Quoique les proTisions de secrétaire d'État» ail nom du maréchal de Belle-IsIe^ portent la date du 3 mars 1758, celte lettre du comte de Gisors proufcrait qu'elles ont été antidatées et que les hésitations du maréchal de Belle-lsie avaient duré tout au moins jusqu^au départ de son fils, c'est-à-dire jusqu'au 15 ou 10 mars au plus tôt. Ce n'est qu'à la dat« du 18 que le duc de Luynes, dans ses Mémoires, parle de l'acceptation de la charge de secrétaire d'Ëtat par le maréchal de Belle-lsle.

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réponse de son coulident la mit cruellement à l'épreuve, u La lelrailo de M. de Paulmv étoit résolue, disait Duvtrney, ot^ élimt instruit d'iiilleurs de toutes les démarches qui se faisoiem pour lui donner un successeur, j'ai été à Yei'sailles où, sans prétendre influer sur aucun choix, je me suis borné à dcclai*er que si on en faisoit un, soit dan^ le militaiiv, soit dims la robe, qui me mit dans le cas d'avoir affaire à un homme neuf, il ne me seroit pas possible de m'exposer à un nouvel apprentissage. M. le maréchal de Belle-Isle a été désigné; on a parlé de vous pour partager les détails, et on vous a donné tantôt un titre, tantôt un autre. Je n'ai rien eu à dire. Depuis ce temps-là, M. le maréchal qui ne devoit élix» (jue secrétaire d'État par commission le sera eu litre, de sorte que j'ignore absolument le rôle que Ton vous réserve. Vous en jugerez vous-même quand vous serez ici, car sans doute on s'expliquera nettement avec vous, ce qu'on n'a pas encore fait avec moi'. » 11 était impossible d'être plus rudement précipité du ciel sur la terre. Quel rêve et quel réveil !

1. 13 mars. Correspondance Duverney-Crémille, n® 100. — DaoaT une lettre précédente du 0 mars, Paris Duverney entretenait Créoiilie, comme un homme qui allait avoir une grande innuenee sur Tadminis- (ration de la guerre, d'une affaire que le lecteur sera peut-être Lien aise de connaître par ce passage que nous citons : « Depuis un an, on a commencé un établissement à Vincennes pour les nouvelles armes qui vous sont connues; mais des entraves, telles que vous les connoissez dans ce pays-ci . en ont suspendu l'exécution. 11 y a six semaines que je me suis mis à la suite de celte importante alTaire. M. le marquis de Paulmy n'a jamais voulu me donner des ordres pour faire travailler DOS manufactures*, et il a voulu que Ton se servit de celle de Liège. Sur mes représentations, M. le maréchal de Belle-Isle a pris un parU tout opposé, et il a envoyé des ordres à Maubeuge, à Charleville et i Saint-Êtienae, pour y faire travailler de préférence à tout. On a mis

DE M. DE CRÉMILLE. 393

Après avoir eu toutes les peines du monde à se tirer des mains du comte de Clermont qui ne voulait pas le laisser partir, Crémille ne trouva pas encore le problème résolu à Versailles. Ce n'était pas le maréchal de Belle-Isle qui faisait des difficultés ; c'étaient les autres secrétaires d'État dont le formalisme ne voulait pas permettre que le ministre de la guerre fit un partage de ses attributions. Enfin la question ne fut réglée que le 9 avril , et voici ce que Crémille en mandait à Paris

des ouvriers aux bàtimenU de Vincennes pour augmenter les atelier». J'ai encore des contradicleurs connus et inconnus; cependant je me flatte que j*cn viendrai à bout , et qu*à compter au plus tard du 1*' du mois de mai, on fera par mois trois mille armes et plus. L'on dit que j'interromps la Tabrication des armes; je réponds que les engagements qui ont été pris par les manufactures doivent être Onis au ï*'^ d'avril pour servir pendant la campagne. Je dis encore que ces armes ne feroient pas des soldats, et qu'au contraire celles de nouvelle invention, entre les mains d'un soldai de recrue, seront aussi utiles que dans celles d*un vieux soldat. Enûn j'espère que l'on ne cliangera rien aux dis{)08it1ons faites, et dès qu'il y en aura cinq cents de prêtes, je les ferai partir, pour commencer à en donner aux grenadiers des corps. La dif- Ûcullé est la fabrication des baïonnettes. M. le marquis de Paulmy ne vouloit pas en faire faire ailleurs que dans notre manuCacture d'Alsace; l'entrepreneur n'a pu s'engager que pour dix-huit cents, d'ici à la On du mois de mat. J'ai pris sur moi d'envoyer en poste un homme à Solingen avec des ordres pour M. de Sciiaesberg, pour y faire travailler de préférence. Heste à savoir si les ouvriers voudront les entreprendre, parce qu'elles sont assez difllciles à faire ; le pis aller sera de se servir de celles que l'on a actuellement, en attendant que Ton en puisse avoir les quantités nécessaires. J'ai eu une autre dirnculté à surmonter et qui étoit sûrement la plus grande : ce sont les fonds pour cette dépense qui sera considérable ; mon frère s'est joint à moi, nous avons parlé fortement à 51. de Boullongne (le contrôleur général ), et j'espère que l'affaire ne sera point arrêtée par le défaut de fonds. Je souhaite seulemeni que vous soyez de mon avis; vous me ferez plaisir d'en parler au prince. Enfln, il est en moi de croire que rien n'est capable de ranimer les soldats ni de faire des impressions sur nos ennemis comme cette nouvelle arme. » — Correspondance Duverney-Crémilie, n? 104.

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