JUSTIFICATION ET PLAINTES
qu'elle augmente de plus en plus. Daignez toujours me donner de vos nouvelles; je serai discret ou bavard à propos'. »
M. de (iisoi*s demandait aussi quelques explicatious sur certains accès d'humeur que le maréchal de Belle- Isle avait cru remarquer à son endroit dans les lettres du prince. « Ne croyez pas, répondit Morlaigne, que le prince ait soupçonné un moment M. le maréchal de ne pas lui être véritablement attaché ; ainsi je n'ai nullement à travailler sur ce point. Il est vrai qu'il a été sensible à ce qu'on Ta soupçonné d'avoir trop vu en noir, et cela lui rcvieut de Paris et de tous côtés. Le miuistère n*est pas assez secret. Les gens raisonnables d'ici, à qui on écrit de Paris, sont tout étonnés de ce qu'on leur mande là-dessus; car il n'a jamais été question ici que de recevoir l'ennemi s'il se présentoit ; mais un général doit montrer au roi le tableau dans le vrai. II ne faut plus parler de tout cela ; c'est oublié. » Ce que fatalement ne pouvait oublier M. de Mortaigne, c'était démettre eu scène sa propre personne : « Ce qui me fait beaucoup de peine, c'est que j'entrevois que j'ai eu le malheur de déplaire à M. le maréchal avec les meilleures intentions du nitnule. Jusqu'à présent il in avoit toujours permis de lui parler naturellement; ce n'est pas pour moi que j'ai parlé, j'ai pris feu pour les intérêts du roi; peut-être y ai-je mis un peu d'humeur. En vérité, mon cher comte, il y a de quoi en prendre ici. Je n'y ai d'autre caractère que celui d'un lieutenant général qui fait le métier de tout le monde. Il faut
1. Ct>tto lettre, non datée, doit être du 21 avril, en réponse aux dépèches de Wesel, du IS. Pap. Clermont, 1758, t. III, n»G5.