DU COMTE DE MORTAIONE
travailler à mériter la confiance du prince, à me concilier Tesprit des états-majors, des officiers généraux, des troupes et de toutes les autres parties de l'armée, et vous voulez que je me mette en travers de ce prince pour des bagatelles, pendant qu'il y a à travailler sur les affaires les plus intéressantes du royaume ! Je ne sais pas si vous regardez ma besogne connue bien aisée ; ce qui est certain, que nos opérations soi<*nt bonnes ou mauvaises, cVst que, depuis que j'ai joint l'armée, mon équipage ne m'ayant pas encore joint, je couche sur un mauvais matelas, je refuse presque tous les bons dîners qu'on m'offre, mou wxhd de chambre me fait une soupe h l'eau et va chercher deux ou trois mauvaises côtelettes au coin de la rue, pour avoir plus de temps à donner au travail. Je fatigue horriblement des yeux qui auroient besoin de phis df repcïs, et je suis du matin au soir à plnH-il^ maître? avec tout le monde. Mais je compte les peines du corps pour rien; il n'en est pas de m^me de celles de l'esprit, elh»s assomment. Enfin, j'irai jusqu'au bout, et puis fera les vignes qui pourra. Je ne suis pas de ces chevaux à qui on donne l'avoine avanfque de monter dessus, pas même après. Je vais ruiner ma santé, embourser encore quelques coups de fusil, et puis m'en retoiu-ner dans mon village comme j'en suis sorti; Dieu soit loué*. »
M. de Mortaigne rendait ensuite compte de tout ce qui se faisait pour le rétablissement de l'armée. « Les troupes, disait'il, s'y portent on ne peut pas mieux; ailleurs il y a beaucoup de négligence et de lenteur. » Il s'en prenait surtout à l'intendant, M. Gayot, qu'il
1. Mortaigne à Gisors, 29 aTiil. Pap. Clermont, 17S8, t. III, n^* 66.