‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 365 sur 422 · DU COMTE DE CLERMONT A PELLETIER · texte numérisé non relu

DU COMTE DE CLERMONT A PELLETIER

l'artillerie, le pain , la viande, etc. Vous me marquez qu'il est au-dessous d'un général d'avoir attention aux hApitaux. La conservation des soldats doit être son principal but, et la conservation des hommes en général doit intéresser essentiellement tout cœur sensible ; ainsi j'ai très-bien fait d'aller aux hôpitaux et j'irai toujours. J'ai encore mieux fait de punir ceux qui inhumainement laissent périr les soldats du roi pour s'enrichir sordidement. Je me loue d'avoir grondé M. l'intendant; je l'approuve d'avoir demandé à se retirer; je n'ai trouvé d'insolence à sa demande que de l'avoir faite après que je l'ai eu grondé ; encore ne le lui ai-je pas dit. Persuadez-vous bien que la seule autorité réside dans le général. Ce ne sont que les petites complaisances pour les autorités usurpées ou mitigées, les petits despotismes, qui ont causé jusqu'à présent la perte de tout par l'arrogance et l'indiscipUne qui en ont résulté. »

On sait combien le maréchal de Belle-Isle était heureux de l'accord qu'il se flattait d'avoir établi entre le comte de Clermont et M. de Mortaigne. Quelle surprise et quelle douleur pour lui s'il avait vu ce que le prince écrivait à Pelletier de son mentor! a Je ne vous cacherai pas que je commence à m'apercevoir que l'intendant a été pris en grippe par l'homme dont vous me parlez, et j'avoue qu'il n'a pas cherché à diminuer mes impatiences... Je me suis aussi aperçu que ce môme homme avoit envie qu'il fût déplacé et que M. de Bernage prit sa place. C'est sur le bien immense qu'il m'en a dit (car je ne le connois pas) que je Tai proposé, sitôt que M. Gayot m'a prié de permettre qu'il demandât sa retraite. Quand j'ai eu découvert que l'intérêt

4U rONFIDENi'E DU COMTE DE CLERMOXT

perK>Dnel ronduisoit notre homme plutôt que 1^ d^ du bien, je me suis repenti d'avoir propose &on ciitrDU surtout quand j'ai vu encure qu*ea effet il aggravoit les torts de M. <iayot. Vous savez que je ne suis pas injuste, et j'aurois sans nul sonipuie récrit pour rendnï plus de justice à M. «iayot, si je n'avoLs pas été offenstr

*; qu'il m'eût d^^mandé à se retirer prérisément le lende-

main du jour que je lui avois fait des reproches fermes, mais point malhonnêtes... Je dois dire que, depuis, .M. (iayot fait infinim^^nt mieux qu*il n'avoit fait auparavant pt que par cunsêquent je suis beaucoup plus routent de lui... Vous savez que je suis accoutumé à vous parjf^r à cœur i^uvert, et comme je ne m*trn suis pas r^-penti jusqu'à présent, je ne changerai point de conduite vis-à-\is de vous. Il faut donc que je vous dise que M. de .Mi>rtai2rne, qui est rhonime dont jt?

•' \oulois parir-r r i-drssus, ne me gouverne point ; mais je

, nt^ :*uis pas à l'abri dr ses souplesses, quoique sa répu-

tation me rende méliant sur son compte. Je le connois

f à présent commtr si je l'a^ois fait. C'est un homme à

qui rien ne coût»- et qui change de forme à chaque instant pour par\enir à s#*s lins, et dont le but princip.il ♦•»? d'ètn- mar»;ch.il de France, ce qui le rend d'autant plus dangereux, car il seroit capable, si je n'étois pas toujours m mélianct- sur son compte, de faire le pendant du duc de «iramont qui, comme vous savez,

\ a sacrifié à liettingen l'armée du roi au désir d'être

maréchal de Franc»*\ Celui-là ne demanderoit pas mieux que d'être mon maitre, si je le laissuis faire, per-

1. Voir U CorTe%\»mtl(iHcr fU l.onii XV et dn maréchal de Soaiilt^a lui niJur lion.

SUU LE COMTE DE MOUTAIUNE. 445

sonne n'ayant dans la tête plus de despotisme que lui. Un de SCS grands chagrins est que je ne lui fasse pas part de tout ce que je dis, de tout ce que j'écris, de tout ce que je fais et de tout ce que j'ordonne. 11 est jaloux de tous les gens de détail, voudi'oit les détruire tous et faire tout; il ne m'a dit du bien d'aucun; aussi est-il, je vous assure, bien généralement détesté, et cela depuis le premier de l'armée jusqu'au dernier. Je le connoissois de réputation et je ne vous cacherai pas que j'ai été très-fâché qu'on me l'ait donné, sans m'avoir prévenu ni fait la moindre honnêteté. J'en ai fait des reproches amers au maréchal de Belle-Isle, et ce n'est pas une des moindres choses qui m'avoient fait demander mon rappel'. Cependant rien n'est ni si souple ni si complaisant que notre homme, comme sont tous ceux de son espèce, mais cela vis-à-vis de moi. J'ai prié M. Duverney de venir ici; notre homme en est furieux et prétend qu'il gâtera tout, qu'il ne vient que pour maintenir M. (iayot et perdre l'armée. Je vous avoue qu'un tel homme me gêne beaucoup, que je n'en ai nul besoin, et qu'en vérité j'ai assez de besogne sans avoir encore à me méfier et à me défendre d'un caractère pareil; et si je ne dis pas ouvertement ce que j'en pense et n'exige pas qu'il me laisse tranquille, c'est par

1 . Nous croyonis que le prince »e laissait ici emporter trop loin par Tenlraîncment de son imagination. Nous n'avons point trouvé dans sa ccrrc«pondance avec le maréchal de Belle-Isie, jusqu'au 10 mai, date de cette lettre, de reproches amers sur le compte de M. de Morlaigne, ni rien qui puisse être regardé comme une demande de rappel. 11 lui était arrivé plusieurs Tois de dire que . 8*il n'était pas soutenu comme il le voulait , ou s'il était contrarié, il aimerait mieux céder la place ; mais de ces boutades à une demande expresse d'être rappelé y il y a loin.

4Wi CUNKIDENCE UU COMTE L»E CLERMONT

fléférenot* p«»ur M. le maréchal de Belle-Isle qui regarde cet hurnme comme ft>rt supérieur à Alexandre et à Césai'; mais tout franc, ce u'est qu'une espèce bien retorde, comme le maréchal en a toujours eu et eu aura toujours auprès de lui. C'est un bou homme dans le fond, mais il a trop de goût pour ces gens-là, et moi je n'en ai aucun. 11 se peut Lien que M. de Mortaigne soit fort bon officier de cavalerie, mais c'est un hommt> plein de projets, d'idées qu'il enfante sur— le-champ. qu'il ne combine point et qu'il voudrott qui fussent exécutées dans l'instant. Voyez si je connois mou homme, et si, sur le portrait que je vous en fais, j\ii une grande confiance en lui, et si, à la manière dont je pense sur son compte, il est bon pour le ser>ice du roi qu'il reste ici. En tout je ne voulois qu'un maréchal des logis. Quand Crémille est parti, il n'y avoît qu'à m'envoyer le comte de Montazet comme maréchal des ' logis ou laisser cehii que j'ai, dont je suis content'. M. de Mortaigne auroit été tout aussi utile que Muntazet -puisqu'on le croit un si grand homme de guerre) dans les troupes de l'impératrice; il a ser\i en Allemagne, il parle la langue du pays; cela Tauroit fait par\enir tout aussitôt et même plus tôt à être maréchal de France, et je n'en aurois pas l'embarras. Soyez sûr de ce que je vous dis, M. de Mortaigne est bien capable de faire des souplesses et môme des bassesses à M. I)u>erney, quand il arrivera ici; mais comme il le détestera dans le fond, vous pouvez compter que, s'il trouve sa belle à 1».^ traverser, il le fera. M. Duverney enl un bou homme qui se laissera embabouiuer par lui

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