Mémoires du duc de Luynes, t. XVU , p
saient détacher, le service était en souffrance et la besogne retombait sur leurs camarades; pour ceux-ci, des corvées plus nombreuses, pour ceux-là, le bien-être, des occupations douces, faciles, et presque aussitôt le titre de colonel. Le maréchal de Belle-Isle coupa court à tous ces agréments; d'abord il réduisit le nombre des aides de camp et des officiers d'état-major, puis, à ceux qui préféraient ce genre de service, il imposa Tobligation d'abandonner, par une démission formelle, leurs emplois dans les troupes ; le titre de colonel sans régiment devint une rareté, la récompense exceptionnelle des actions de guerre les plus éclatantes. « Je veux, disait le ministre, remettre en honneur l'état de capitaine et rendre sans effet les commissions de colonel postiche ^ » Une ordonnance sur l'avancement établit qu'à l'avenir aucun officier ne pourrait être pourvu d'un régiment avant d'avoir accompli sept années au moins de service, les cinq dernières comme capitaine^. Pour les grades subalternes, la vénalité fut absolument proscrite. Une coutume étrange, sous le nom de concordat^ s'était introduite dans les corps, dans l'infanterie surtout; afin d'arriver plus vite par le commandement des compagnies de grenadiers à celui des bataillons, et par suite à l'emploi de lieutenant-colonel, les officiers les plus aisés s'associaient et contribuaient pour une bourse commune dont les fonds étaient employés, sous forme d'indemnités plus ou moins considérables, à multiplier et à hâter, parmi les anciens capitaines, les demandes
1. Belle-UIe à Clermont, 10 avril; à Mortaigne, 13 mai. Pap. Qermont, 1758. t. U, n» 166; U UI, n« 138.
2. Ordonnance du 29 avril 17f>8. — Delle-hle à Moriaigne, \** mai. Ibid,^ l in,n*83.
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