‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 392 sur 422 · ORDRES CONTRADICTOIRES · texte numérisé non relu

ORDRES CONTRADICTOIRES

toute la lenteur et la décence convenable, sans qu'on lui tue ni blesse un seul homme ; Son Altesse Séréuissime à qui il en rend compte, trouve qu'il a bien fait. Deux heures après, le prince est frappé de ce qu'on lui représente sur la honte de laisser occuper aux ennemis une ville à une demi-lieue de notre ligne, d*où ils observeront tous nos mouvements et nous inquiéteront sans cesse : on ordonne un nouveau détachement de cinq cents hommes pour reprendre le poste ; M. du Blaisel devoit le conduire; ce détachement est contremandé. Une heure après, on en commande encore un autre aux ordres de M. de Voyer, lequel ne peut l'avoir assemblé qu'à quatre heures après-midi, et fait ensuite des dispositions qui durent jusqu'à six, tandis que quatre cents officiers de l'armée, partis et approchés successivement par curiosité, sont établis depuis trois heures dans la ville où ils se sont fait ouvrir une porte, tandis que les chasseurs sortoient par l'autre. J'y ai été aussi avec M. le comte de Lusace ', suis monté au clocher et ai vu le camp des ennemis dans la même position que la veille. Les dragons de M. de Voyer ont été presque jusqu'à Hulst sans rencontrer une troupe ; quelques chasseurs seulement ont tiré des haies sur un petit corps de garde de dragons avec lequel M. de Voyer a voit poussé presque jusqu'à leur camp. Les haies et les maisons qui bordent le chemin de Crefeld à Hulst ayant été fouillées, M. de Voyer les a garnies de volontaires jusqu'à la moitié distance , et a barré de même la plaine par ses troupes de dragons et de hussards. Ni les uns

1 . Le prince Xavier de Saxe, flis de l'ÉIecleur-roi de Pologne, et frère de la dauphine de France.

ni les autres n'ont été inquiétés jusqu'à ce moment; on les a relevés à midi, et on continuera de les relever tous les jours, tant que nous occuperons ce camp-ci où nous nous sommes arrangés aujourd'hui eu défensive. La droite appuyée à des marais est fort bonne ; le front hérissé de canons qui borde le landwehr est très respectable ; la gauche, quoi qu'on y fasse, sera mauvaise et toumable, y ayant une lieue d'ici à la Niers de pays très-praticable.

<x Au reste , mon cher père , quelque position que nous occupions, il faut quelqu'un qui sache nous remuer, et les troupes, remplies de volonté, n'ont sur cela aucune confiance. Tout le monde rioit aujourd'hui de ce que le prince avoit déjà annoncé son départ pour Villich ', tandis que MM. de Contades et de Mortaigne avoient décidé qu'il demeureroit à Vischelen. Tous les officiers généraux exclus du conseil murmurent hautement ; il n'y a qu'un cri après le maréchal d'Estrées. Le désordre est plus grand que jamais ; chacun fourrage à son gré. Il n'y a que la maraude que chaque corps empêche par esprit de sagesse personnel ; aussi l'abondance règne-t-elle dans le camp où tous les paysans arrivent de six lieues à la ronde... Affligé, pénétré de tout ce que je vois d'humiliant pour la nation, ennemi des tracasseries, plein de respect pour M. le comte de Clermont, je me tiens à mes carabiniers ou me promène à l'entour du camp et fuis le quartier général. C'est à regret que je vous dis ces tristes vérités, mais il est impossible que le roi ait une armée au mois d'oc-

1 . Villich était un village situé derrière la gauche, comme Vischelen était derrière la droite.

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