LA CAVALERIE PRETE A CHARGER
fit des divisions composées de soldats de différents corps, et l'on y mil les premiers officiers qu'on trouva. Il fallait bien que cette réorganisation fût promptement faite , car elle se faisait sous le feu ; les boulets hanovriens emportaient des files à peine comptées*. Cependant ce froid courage, après cette ardeur bouillante, imposa tellement aux Ilanovriens qu'au lieu d'attaquer de front cette infanterie, ils commencèrent à la déborder par les ilaocs.
Chose incroyable, les réserves ne paraissaient pas encore; erreur ou faute, le fait n'a jamais été bien éclairci, mais il est certain que les officiers d'état-major chargés de les conduire leur avaient fait suivre une fausse direction. Sur les instances de M. de Mortaigne, le comte de Clermont fit donner l'ordre à la cavalerie de la gauche de charger à fond sur l'ennemi. Du côté de Villich, les brigades de Royal-Roussillon et d'Aquitaine, du côté de Stocke les dragons et les carabiniers n'attendaient que le moment d'entrer en action. Depuis le commencement de la bataille, spectateurs immobiles, impassibles d'aspect, ils avaient cruellement souffert du feu des Hanovriens. Parmi les carabiniers surtout, corps d'élite où les pertes étaient les plus sensibles, l'impatience de venger leurs morts était grande. Après ces trente escadrons tombant à la fois sur l'infanterie hanovrienne, trente autres, rangés en seconde ligne, devaient, en donnant à leur tour, laisser à ceux-là le temps de se reformer et d'écraser l'ennemi par un
1. Mémoires sur la campagne de 1768. I.e récit de la bataille de Grefeld est du marquis de Voyer. — Archives du Dépôt de la Guerre. Supplément,
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dernier choc. Officier de cavalerie d'origine et trèsbon officier, M, de Mortaigne savait mieux que personne tout ce qu'une pareille manœu\Te exigeait de précision entre ses divers moments et d'ensemble dans chacun de ses heurts. L'effet ne répondit pas à son attente. Cependant les premiers escadrons donnèrent sur l'ennemi avec un admirable entrain ; l'élan des carabiniers surtout fut magnifique, a Rien n'a été aussi absurde et aussi courageux que la charge de ce corps, » a dit le marquis de \oyer qui blâmait toute cette manœuvre. Une course violente à travers l'infanterie hanovrienne, deux lignes abordées de front, percées l'une après l'autre , puis , la carrière fournie , prises à revers et de nouveau renversées, quel glorieux tableau, s'il n'était pas attristé par un douloureux épisode! Ce fut au retour de cette charge, la première qu'il eût conduite, que le comte de Gisors reçut, presque à bout portant, un coup de feu dans les reins. Volontiers ses carabiniers seraient revenus sur l'ennemi, comme en effet, selon le projet de M. de Mortaigne, ils y devaient revenir; mais par des hésitations ou d'étranges malentendus, la charge de la seconde ligne se rompit en tronçons désordonnés ; beaucoup d'escadrons demeurèrent ou manœuvrèrent de sorte qu'ils barrèrent maladroitement le passage aux autres. La coufusion tourna au profit des llanovriens; remis de l'émoi que leur avait causé le choc des carabiniers et des dragons, de Royal-Roussillon et de la brigade d'Aquitaine, ils étaient entièrement sortis des bois et reformés en bon ordi'e.
L'heure était critique, le péril imminent; cependant, sous un vrai général, la bataille perdue d'un côté pou-
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voit iUre regagnée d'uu autre. Enfin les réserves étaient en vue; pour avoir été retardé, le renfort qu'apportaient la brigade de Navarre, les grenadiers royaux et de France, n'en était pas moins considérable encore. Depuis plus de quatre heures, 10,000 Français tout au plus avaient tenu tète à 30,000 Ilanovriens; 6,500 hommes de troupes fraîches arrivant à leur aide n'étaîentils pas capables d'arrêter avec eux les progrès de l'ennemi sur la gauche? Depuis plus de quatre heures, 40,000 Français d'un côté du landwehr, et tout au plus 20,000 Ilanovriens de l'autre, ne faisaient qu'échanger une canonnade où les Français plus nombreux, mais moins bien pourvus d'artillerie, souffraient nécessairement davantage. Rien que par le canon, les brigades de Champagne et de la Tour-du-Pin, qui gardaient la censé de Iluikesmey, n'avaient pas perdu moins de 30 officiers et de 340 soldats tués ou blessés. Elles demandaient comme une grâce de sortir au moins de cette immobilité meurtrière et de prendre une part active au combat qu'elles voyaient se livrer presque derrière elles. M. de Mortuigne refusait d'y consentir, parce qu'en les appelant sur la gauche il aurait laissé libre à la colonne du général Oberg le débouché de Iluikesmey. Il avait raison sans doute, s'il voulait rester sur la défensive, mais un autre moyeu et le meilleur déparer à ce danger n'était-il pas d'aller chercher le général Oberg sur son propre terrain? Tandis que la gauche ranimée, renforcée par l'arrivée des réserves, était en état d'arrêter, de ralentir au moins les progrès du prince héréditaire de Brunswick, la droite, puis le centre débouchant par les cinq larges trouées pratiquées sur leur front, dans la plaine de Crefeld, refoulant le général Sporken sur le général