‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 408 sur 422 · SYMPATHIE DU PKINCK FERDINAND · texte numérisé non relu

SYMPATHIE DU PKINCK FERDINAND

précieux et le plus présent souvenir. Il se hâta de répondre, le 25 juin, au comte de Clermont : « Votre Altesse peut être persuadée que personne n'a appris avec plus de douleur le sort de M. le comte de Gisors que moi. Les attentions que je lui marquerai seront d'autant plus empressées qu'elles s'adressent à un homme dont le caractère aimable a captivé mon amitié depuis longtemps * . Les chirurgiens que Votre Altesse a laissés auprès de lui ne pourront mériter mon estime que par les soulagements qu'ils lui procureront, et les passe-ports et sûretés que vous me demandez pour eux leur seront sûrement accordés avec plaisir, pourvu qu'ils mettent leur malade bientôt en état de se pouvoir passer de leurs soins^ . »

Sa vie militaire si brusquement tranchée, le comte de (îisors l'avait passée, à quelques jours près, tout entiènavec le régiment de Champagne; il souhaita de mourir en quelque sorte devant le régiment de Champagne. C'était l'aumônier de son ancien corps, Tabbé de Belmont, qu'il avait d'abord appelé pour recevoir de lui l'encouragement suprême ; il fit demander au prince Ferdinand, pour dernièi'e faveur, qu'on laissât venir jusqu'à lui le major du régiment de Champagne, M. de Vi gnôles^. Cette grâce lui fut accordée. Quand il eut pressé la main de ce vieil ami , de ce compagnon d'armes , son âme

1« Le 4 Jaiirier 1755, le prince Ferdinand arait écrit au comte de Gisors : « Je compte le moment de votre aimable connoissance comme une des époques les plus agréables de ma Tie, et la possession de votre amitié comme un bien dont je suis très-jaloux. » [3406, n° 1 bh.]

?. 25 juin. Pap. Clermont, 1758, t. IV, n» 105.

3. Comte de Clermont au prince Ferdinand, 25 juin. — Répons*du prince. 26 juin. Pap. Clermont, 1758, t. IV. n«* 1 lO-l II.

MORT DO COMTE DE GI80RS. 4ft9

i'iit à peu près satisfiiite. La famille militaire éUiit au moins représentée; l'autre était si loin, hélas! En apprenant la blessure de son mari , la comtesse de Gisors était partie pour le rejoindre avec la duchesse de Nivernais, sa mère, et l'ancien précepteur du comte, Tabbé de Mange. Le maréchal avait écrit au prince Ferdinand pour le prier de leur faire tenir à Liège les passe-ports nécessaires* . Les passe-ports ne vinrent point; la mort, plus hâtive, les avait rendus inutiles.

Le 26 juin, après avoir recommandé, par les soins de Tabbé de Belmont , à son père la fortune de M. de Vignoles et celle d'un autre officier de Champagne, M. de firandpré, son ancien compagnon de voyage, après lui avoir également recommandé l'avenir de ses serviteurs, le comte de (îisors avait cessé, vers trois heures, de souffrir et de vivre. « Je lui ai administré tous les sacrements de l'Église , écrivait l'abbé de Belmont au maréchal, j'ai recueilli ses derniers soupirs, et il est mort entre mes bras, avec des sentiments de piété, de patience,- de résignation, qui ont édifié et attendri tous les témoins d'un spectacle si touchant^. » — « Nous venons, avait écrit de son côté M. deVignoles, de perdre le meilleur sujet du royaume et la plus belle âme; il étoit doué de trop de vertus pour vivre dans un siècle aussi corrompu... J'ai perdu le seul protecteur, ce n'est rien , mais le plus tendre et le plus sincère ami que j'eusse; je le pleurerai toute ma vie... Ce pauvre seigneur a toujours eu sa connoissance ; il a mis ordre à

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