‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 418 sur 422 · MEMOIRE DU COMTE DE CLERMONT. M · texte numérisé non relu

MEMOIRE DU COMTE DE CLERMONT. M

douleur d'avoir eu un commandement aussi calastropheux, mais que la cour lui ayant manqué de parole, eo le forçant de se conformer exactement aux avis du conseil qu'on lui avoit donné, il étoit plus malheureux que coupable. Il me dit aussi que M. de Contades n'étoit ni plus aimé ni plus estimé que M. de Mortaigne. « Enfin, ajoutait-il encore, ce sont ces deux hohimes « qui me font quitter Tarmée sans regret et sans a gloire. » ... Il parut décidé à dire au roi la vérité*. » Le lendemain de son arrivée à Versailles, le comte de Clermont remit à Louis XV un mémoire où M. de Mortaigne en effet n'était pas ménagé ; quelques extraits suffiront pour donner le ton de la pièce, a Dans les commencements, M. de Mortaigne se contint quelques jours, mais peu à peu il monta, et bientôt il faisoit on ma présence le prédicant, c'est-à-dire que dans le lieu où j'étois avec tous les officiers, il alloit de coin en coin assembler des pelotons autour de lui, et là il parloit en général , établissoit des systèmes sur la guerre, disoit ce que Ton feroit, ce que l'on ordonneroit, enfin faisoit sentir que tout émanoit ou émaneroit de lui. Depuis ce temps je n'ai plus été maître de mon cabinet; M. de Mortaigne y venoit planter le piquet dès le grand matin et n'en sortoit que le soir, le plus tiird qu'il pouvoit; il a donc dès cet instant vu et réprimé tout ce que j'écrivois. On me dira peut-être : Pourquoi le souffriez-vous? Parce que, si je ne l'avois pas souffert, j'aurois scandalisé très-sensiblement M. le maréchal de Belle-Isle, que cela auroit mis de la dissension entre le général et le ministre, et que le service du roi en auroit encore plus mal

1. Mémoires sur la campn^Mie de i::»8. — lf.w. Arrhivrs Un Dcp6t (le la Guerre. Supplément.

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été. M. de Mortaignc est un homme entier qui ne veut écouter personne, que Ton révolte même quand on dit son avis et qui n'abonde que dans son sens. Selon lui, U*. vrai mérite n'existoit qu'en lui, et tous les autres n'avoient pas le sens commun ni la première teinture du métier : M. de Saint-Germain n'étoit que brave , M. de Chevcrtque propre à faire combattre une réserve, M. de Monteynard n'étoit propre qu'aux petits détails de bureau, M. de Crémille qu'un gratte-papier. Il reconnoissoit assez de talent à M. de Contades depuis que M. di' (iuerchy les avoit unis. M. Gayot étoit un imbécile qu'il falloit chasser et qui lui bouilloit le sang, M. Duvemey un fou ; cnRu, il disoit du mal de tout le monde ; le dirai-je? souvent il n'approuvoit pas M. le maréchal de Belle- Isle. Enfin il ne pensoit bien que de lui, van toit sans cesse ses exploits, sa naissance, la considération dans laquelle il étoit en Allemagne; et quand il étoit sur ces chapitres, il ne finissoit plus. Il y a des choses sur lesquelles M. de Mortaigne mérite des louanges : il est brave à Texcès, il y a des parties qu'il connoit, c'est un fort bon officier de cavalerie. Il étoit en exécration dans l'armée; M. de Chevert ne le lui a pas caché. M. de Contades est de mes amis, j'ai cru cependant avoir sujet de m'en plaindre; il s'est lavé vis-à-vis de moi. L'armée lui refuse les talents et les vues pour commander ; je crains qu'il ne les ait pas acquis encore. Peut-être que son flegme et sa sécheresse révoltent contre lui; il est regardé [comme] presque aussi hicapable que M. de Mortaigne *. »

1. Mémoire donné au roi le 22 juillet KfiS. Pap. Clermont, 1758, l. IV, n" 181.

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