LA SOCIETE ANGLAISE
la base de ma conduite, me gardant bien d'adhérer à aucun des propos qu'on a cherché à me faire tenir sur le tiers et sur le quart, y ayant ici des gens méchants comme à Paris ; mais il est tout simple de marcher avec précaution dans un pays qu'on ne connoît pas. Le profit que je désire tirer de mes voyages est de continuer cette même façon d'agir à Paris, au lieu de cette vilaine médisance à laquelle j'avois tant de penchant. D'ici à neuf mois j'espère prendre l'habitude de trouver bien tout ce qui n'est pas vicieux et de me taire sur les défauts ou les ridicules de mon prochain, quels qu'ils soient ' . » Il n'était pas tout à fait guéri sans doute lorsqu'il notait dans son journal comment, au bal de l'Opéra, lady Coventry, avec laquelle il se promenait depuis une heure, Tavait brusquement congédié pour reprendre ^e bras de son mari « qu'elle étoit, ajoutait-il, bien aise de flatter à mes dépens pour calmer sa jalousie sur le compte d'un autre. » Mais il concluait philosophiquement : tt J'ai profité sans rancune de ma liberté pour venir me coucher *. »
En France il y a des salons où l'on est sûr de rencontrer presque tous les soirs la même compagnie restreinte et choisie ; le danger est que ces petits cercles d'habitude ne dégénèrent en coteries exclusives. En Angleterre, rien de pareil ; il y a des assemblées qui sont des foules où l'esprit court le risque d'être étouffé sous la matière. Le comte de Gisors écrit à sa mère qu'il sait être à Pontchartain, chez M. de Maurepas, frère de la duchesse de Nivernais : « Void à peu près l'heure
1. Lettre du 3 mar« 1754 [Archives du Dépôt de la Guerre, Supplément],