LE COMTE DE CHESTERFIELD
pas rencontrer dans les notes du comte de Gisors, c'est celui de lord ChesterQeld. 11 est vrai qu'une vieillesse précoce et de graves infirmités l'avaient éloigné de la politique ; mais ce n'est point à titre de politique qu'on s'attend à le rencontrer ici. L'homme de goût qui, voulant former son fils et songeant à l'envoyer en France, lui recommandait de prendre modèle sur le duc de Nivernais comme sur le type du parfait gentilhomme, ne pouvait manquer d'être recherché par le gendre du duc de Nivernais et de le rechercher luimême. En effet, deux jours après son arrivée, M. de Gisors avait reçu de lord Chesterfield le billet le plus obligeant du monde; cependant près d'un mois se passa avant que le jeune Français pût se rencontrer avec lui.
Dans l'intervalle, ce qu'il avait entendu dire de cet homme d'esprit n'était point précisément favorable. On lui avait représenté lord Chesterfield comme un amant passionné des belles-lettres, mais à l'exclusion de toute autre science, ignorant au point de ne savoir pas la diflérence du système de Copernic à celui de Ptolémée, courant après les bons mots, et, lorsqu'il avait rencontré un trait, le répétant avec une complaisance telle qu'un homme qui avait eu la curiosité et la patiencede le suivre une journée entière, lui avait entendu répéter dix-sept fois la même chose, au demeurant l'Anglais le plus francisé, le plus versé dans la connaissance des romans et des nouveautés françaises, par-dessus tout joueur effréné, peu délicat dans le choix de ses compagnons et préférant en somme les cartes à la belle littérature. « A Dieu ne plaise, remarque le comte de Gisors, que je donne ceci pour le portrait véritable de milord Chesterfield; je remets à le