M. DE GISORS ET LORD CHESTERFIELD
qu'à son avis M. Murray ferait une grave irapnidence d accepter un poste d'où il courait risque d^être débusqué , tandis qu'étant , par son génie et son éloquence, à la tête des gens de loi d'Angleterre, il était sur d'avoir la place de chancelier, beaucoup plus lucrative et qu'il remplirait avec beaucoup plus d'éclat, et qu'en attendant la profession d'avocat rapportait à M. Murray plus de cent mille livres de notre monnaie par an. « Milord Chesterfield, quand je m'en suis allé, ajoute M. de Gisors, m'a dit qu'il me demandoit bien pardon de ne me pas donner un dîner en cérémonie, parce qu'il étoit mort quand il y avoit plus de quatre personnes, mais que si je voulois dîner moi quatrième avec lui et sa famille toutes les fois que bon me sembleroit, je lui ferois un plaisir infini. Je lui ai demandé la permission de commencer dimanche *. » Et le dimanche venu, il reprend : « J'ai dhié chez milord Chesterfield que j'ai trouvé encore plus aimable que la dernière fois. Le goût de la littérature ayant toujours chez lui fait diversion à celui des affaires et pris le dessus depuis quelque temps, il a la conversation beaucoup plus variée qu'aucun homme de l'Angleterre ; mais l'envie qu'il a de se montrer au fait des mœurs, des coutumes et des anecdotes de tous les pays étrangers, le rend moins instructif sur l'Angleterre, et on n'est point du tout aise de trouver des étrangers polis au point de ne pas parler de leurs affaires ^. » La remarque est fine et juste; ce qiie souhaite d'un Anglais le comte de (iisors, c'est qu'il lui parle des choses anglaises et lui apprenne à les connaître.