Journal^ h avril
VISITE A SPITALFIELD. 81
testants français dont les pères, après la révocation de l'édit de Nantes , étaient venus se réfugier là, depuis bientôt soiiante-dix ans. Au retour de SpiLalfield, le comte de Gisors écrivit dans son journal : « Ce qui m'a fait le plus de plaisir et vraiment attendri, ce sont les cris de îoie dont j'ai été accueilli par deux cents environ de ces François qui s'étoient attroupés autour de mon carrosse pendant que j'étois chez un fabricant; leur ayant fait de mon côté tous les gestes d amitié possibles en les appelant camarades frauçois, les cris ont redoublé et les petits enfants ont suivi pendant longtemps mon carrosse ' . » Il avait raison d'être ému, car c'était la vieille et chère patrie, la patrie ti'ançaise que reconnaissaient et saluaient eu lui les acclamations de ces pauvres gens. Dans la belle société anglaise, au contniire, c'était à la personne aimable du comte de disors que s'adressaient les empressements polis, mais non point à la France. Il le sentait bien. Déjà en faisant si attentivement au jeune gentilhomme français les honneurs de TAiigleterre, ses hôtes ne pouvaient cacher un certain sentiment de fierté satisfaite ; mais toutes les fois que les intérêts des deux nations, dans leur concurrence fatale, se trouvaient en présence, tout l'orgueil anglais, avec sa roideur inflexible et sa ferme volonté de contenir audessous de la marine et du commerce de l'Angleterre le commerce et la marine de la France, se redressait sans dissimulation devant le comte de Gisors. Quant à l'animosité populaire , elle ne s'était jamais donné la peine de feindre. Un Français parricide avait été enlevé de Londres et conduit par surprise en France, d La populace, dit le comte de Gisors, a fait un tapage hor-