TEMOIGNAGE DU COMTE DE BROGLIE
Nous n€ connaissons que la date de son arrivée, celle de son départ, et Timpressioû qu'il laissait de lui-même à la cour de Pologne. C4'était le comte de Bi^oglie qui en rendait témoignage dans une dépêche adressée, le 17 octobre, à M. Rouillé, successeur du marquis de Saint-Contest aux affaires étrangères. « M. le comte de Gisors part demain pour aller en Suède. Je lui dois la justice de dire qu'il s'est acquis ici une estime et une approbation générale. Il joint à toutes les qualités aimables, qui ne se trouvent même pas dans toutes les personnes de son âge , toute la prudence possible et beaucoup plus de connoissances qu'on ne seroit en droit d'en attendre de quelqu'un qui auroit déjà une longue expérience. H seroit fort heureux poiu* la nation fran* çoise qu'il y eut beaucoup de personnes qui lui ressemblassent et qui eussent le même goût pour les voyages; cela donneroit très-bonne opinion de nous dans les pays étrangers *. » D'un juge tel que le comte de Broglie, 1 éloge n'est point banal; on ne saurait en apprécier trop haut la valeur.
Le m.in^chal de Belle-Isle avait fini par consentir aux voyîïges du Nord. Parti de Varsovie le 18 octobre 1754, le comte de Gisors était à Breslaule 21, et le 31 à Stralsund, où il s'embarqua pour la Suède le 5 novembre. Le chevalier de La Touche lui avait fait une peinture terrible des diflicultés qu'il aurait à vaincre pour arriver à Stockholm. La mer, même au mois de novembre, n'était rien au prix de la traversée des montagnes suédoises : une succession ininterrompue d'escarpements et de précipices, de petits garçons sans force pour re-
1 . Extnit eommmlqaâ par les Archivw des Affalrei étrangères.
LE COMTE DE GISORS A STOCKHOLM. lio
tenir des chevaux saos harnais, des gîtes sans lit, des cabarets sans >iYres, voilà Teffrayaute esquisse de ML de La Touche * • Cependant depuis Stndsund le voyage ea tout ne dura que dix jours. M. de Gisoi*s arriva le iS novembre à ^ockhohn; il y trouva chez Tambassadeur de France, le marquis d'Havrincour ^, un accueil dont Tempressement passa tout de suite au dévouement le jdus passionné. Les sceptiques prétendaient que Tambassadeur, possédé surtout de la passion du cordon bleu, était bien aise d'y intéresser le maréchal de Belle-Isle. Sans contester absolument Topinion des sceptiques, on ne peut douter cependant que l'affection du marquis d'Havrincour pour le ccmite de Gisors n'ait été également sincère et vive. Le 21 novembre, le jeune voyageur fut présenté par lui au roi et à k reine de Suède. Sœur de Frédéric II, du prince Guillaume, du prince Henri et du prince Ferdinand de Prusse, la reine Louise- Ulrique avait déjà trouvé, dans les lettres de sa famille, plus d'un portrait du comte de Gisors. Les peintres étaient différents, mais la physionomie du modèle était rendue par tous avec une égale ressemblance; il n'eut donc qu'à se montrer pour être aussitôt reconnu. A Berlki, il avait pu librement déployer toutes ses qualités aimables ; à Vienne, il avait dii s'observer davantage; à Stockholm, il fallut qu'il se montrât en même temps très-aimable et très-réser\'é. 11 y avait dans le gouvernement de la Suède, entre l'aristocratie et le pouvoir royal, des luttes intestines auxquelles la poUtique française n'était point étrangère.