‹ Le comte de Gisors, 1732-1758, étude historiqueChapitre 89 sur 422 · LA POLOGNE ET LA SUEDE. IH · texte numérisé non relu

LA POLOGNE ET LA SUEDE. IH

naire. Les seigneurs polonoîs tyrannisent leurs sujets; l'injustice et l'impureté se commettent à l'abri des richesses. L'amour de la patrie est une phrase qu'un Polonois emploie à la Diète en fayeur de celui qui lui paye le plus ; la puissance de la Russie donnera, selon toute apparence, à cette nation tel maître qu'il lui plaka. Je crois que les particuliers sont plus heureux en Suède, puisqu'il y a moins de tyrans et plus de justice qu'en Pologne ; mais le gouvernement est foible, et le rôle qu'ont joué les Gustaves et Charles XII sur le théâtre du monde est trop brillant pour que celui qui occupe leur place ne soit chagrin de voir son autorité réduite au point de solliciter le Sénat, pour ainsi dire, d'accorder un drapeau des gardes pour un de ses pages. La Russie est un voisin puissant et demgereux pour la Suède, et son intérêt exige que la puissance du roi n'augmente point. Je crois que vous aurez trouvé parmi les militaires des gens qui s'appliquent au métier et qui désirent l'occasion de mettre leurs talents en pratique ; mais je doute que la discipUne des troupes soit delà sorte à pouvoir espérer des événements heureux... Je vous demande pardon de m'être ingéré en raisonneur politique sur des ouï-dire, tandis que vous jugez des choses sur les lieux mêmes; je souhaiterai d'entendre vos réflexions pour en profiter, étant persuadé qu'elles sont justes. »

La reine Ulrique, ambitieuse et passionnée, s'efforçait de communiquer au caractère faible et incertain du roi Adolphe-Frédéric l'ardeur de son âme ; elle brûlait d'engager la lutte avec le Sénat, de briser les liens qui gênaient l'action du pouvoir royal ; mais elle aurait voulu d'abord enlever au parti aristocratique l'appui

Page 1