SECOND MARIAGE
rèse-Geneviève-EmmanuelIe de Bélhune, veuve ellemême du marquis de Sédavy-Grancey. Celte veuve charmante, douée desqualités les plus exquises, n'avait pas vingt et un ans ; M. de Belle-Isle en avait quarantecinq. Il ne pouvait supprimer cette grande distance entre son âge et celui de la comtesse ; mais il s'appliqua et il réussit à la lui faire oublier ; toutes les satisfoolions que le légitime amour-propre d'une femme peut revendiquer dans le monde et, dans Tintimité, tout ce qu'elle peut souhaiter d'affection et de soins, elle eut tout de lui. On ne peut rien imaginer de plus tendre ni de moins affecté que le ton des lettres qu'il écrivait, dans les moments où il se trouvait séparé d'elle, w à son cher petit maître. » De tous ses frères, le comte de Belle- Islé n'en avait plus qu'un seul, de neuf ans moins Agé que lui. C'était un caractère tout différent du sien; autant le comte était ouvert, expansif, attrayant, autant le chevalier de Belle-Isle était froid, concentré, réservé, peu sympathique au monde; mais la plus complète imion régnait entre les deux frères, et comme leurs caractères opposés se complétaient l'un par l'autre, leur intérêt confondu était merveilleusement servi par les rares facultés de leurinteUigence, car pour la distinction de l'esprit, le chevalier de Belle-Isle n'était inférieur que parce qu'il voulait bien le paraître à sou frère. Pour se dévouer à lui sans partage, il ne se maria pas. Le second mariage du comte fut pour le chevalier une épreuve ; l'inlluence d'une jeune femme aurait pu vouloir entrer en lutte avec la sienne et conquérir la domination. Il faut dire, à l'éloge de la comtesse de Belle-Isle, qu'elle n'y songea point; elle reconnut et respecta l'autorité morale de son beau-frère ; elle laissa le pre-
iO ALLIANCES DE MADAME DE BELLE-ISLE.
mier personnage à son mari; sans «ffeetation ni hâte, elle les amena tous deux^à iui den^aiider des conseils. U serait difficile de citer un plus remarquable exemple de rharmonie dans une famille.
La branche de la maison de Béthune, à laquelle appartenait madame de Belle-Isle, avait poussé des rejetons jusqu'en Pologne. Le grand Sôbieski avait pris pour femme, en 1663, une française, mademoiselle d'Arquien, dont la sœur cadette avait épousé, trois ans après, un marquis de Bcthune. Celui-ci, quand son beau-frère eut été proclamé roi, obtint de Louis XJV d'ôtrc envoyé ambassadeur auprès de lui; de deux filles qu*il avait, il maria Tune àunRadziwill,rautre à un Jablonowski. Ileut aussi un fils qui revint en France et qu'on appelait familièrement Béthune-Co^^t/e ou Béthune- Pologne; c'était le père de la comtesse de Belle-Isle. Il semblait d'abord que pour son mari ces alliances étrangères ne fussent qu'une décoration sans grande utilité; peut-être en avait-il ainsi jugé lui-même. Lorsque après la guerre poui* la succession de Pologne, le roi Stanislas Leczinski, beau-père de Louis XV, reçut le duché de Lorraine eu échange de ses prétentions sur une couronne qui lui avait été deux fois ravie, ce fut le comte de Belle- Isle, gouverneur des Trois-Évôchés et commandant les troupes d'occupation en Lorraine, qui mit le nouveau souverain en possession de ses États. Il vit et comprit alors l'immense avîuttage que lui donnaient déjà et que lui assuraient pour ravenir les alliances polonaises de madame de Belle-Isle.
Nommé lieutenant général en 1731, il s'était si fort distingué pendant la campagne de 1734, et surtout au siège de Philipsbourg, que le roi lui avait donné le