LU COMTE I>K LA TOUR AILLE
6° Lettre de Voltaire au comte de la Touraille.
Château de Ferney, 29 mars 1765.
« Vous en avez usé avec moi, monsieur, comme une jeune coquette qui se pare de tous ses charmes pour séduire un pauvre vieillard auquel elle donne des désirs inutiles. Vous m'avez cajolé, vous m'avez envoyé de jolis vers ; mais je répondrai à votre muse agaçante :
« Vos jeunes attraits, vos œillades
Ne me rendront pas mon printemps.
Quand on a parcouru dix-huit olympiades L'esprit et son étui sont minés par les ans ;
On ne fait plus de vers galants, Ou, si l'on veut en faire, ils sont ou mous ou fades. Des neuf savantes Sœurs j'ai force rebuffades,
Du cheval ailé des ruades,
Et des sourires méprisants
Des belles clames à passades.
Condé même, Condé, qui par tant d'estocades Egale, jeune encor, les héros du vieux temps, Et qui, dans Fart de vaincre, a peu de camarades, Exciterait en vain mes efforts languissants. Irais-je répéter dans de froides tirades Ce qu'on a dit cent fois des illustres parents Dont la gloire avec lui faisait des accolades
Aux campagnes des Allemands ?
Qu'il soit chanté par vous, par tous vos jeunes gens,
Et non pas par de vieux malades. »
7° Lettre de Voltaire au comte de la Touraille.
Ferney, i2 mai 1766.
« Je suis, monsieur, comme les vieux philosophes grecs qui se consolaient dans leur vieillesse par l'idée d'être remplacés, et qui voyaient avec plaisir s'élever des jeunes gens qui devaient aller plus loin qu'eux. C'est une satisfaction que vous me faites goûter. Vous rendrez plus de services que per-