‹ Le Comte de La Touraille, maréchal de camp de cavalerie, brigadier des armées du roi, chevalier de Saint Louis, philosophe et poète, 1720 à 1794Chapitre 8 sur 17 · LU COMTE I>K LA TOUR AILLE · texte numérisé non relu

LU COMTE I>K LA TOUR AILLE

6° Lettre de Voltaire au comte de la Touraille.

Château de Ferney, 29 mars 1765.

« Vous en avez usé avec moi, monsieur, comme une jeune coquette qui se pare de tous ses charmes pour séduire un pauvre vieillard auquel elle donne des désirs inutiles. Vous m'avez cajolé, vous m'avez envoyé de jolis vers ; mais je répondrai à votre muse agaçante :

« Vos jeunes attraits, vos œillades

Ne me rendront pas mon printemps.

Quand on a parcouru dix-huit olympiades L'esprit et son étui sont minés par les ans ;

On ne fait plus de vers galants, Ou, si l'on veut en faire, ils sont ou mous ou fades. Des neuf savantes Sœurs j'ai force rebuffades,

Du cheval ailé des ruades,

Et des sourires méprisants

Des belles clames à passades.

Condé même, Condé, qui par tant d'estocades Egale, jeune encor, les héros du vieux temps, Et qui, dans Fart de vaincre, a peu de camarades, Exciterait en vain mes efforts languissants. Irais-je répéter dans de froides tirades Ce qu'on a dit cent fois des illustres parents Dont la gloire avec lui faisait des accolades

Aux campagnes des Allemands ?

Qu'il soit chanté par vous, par tous vos jeunes gens,

Et non pas par de vieux malades. »

7° Lettre de Voltaire au comte de la Touraille.

Ferney, i2 mai 1766.

« Je suis, monsieur, comme les vieux philosophes grecs qui se consolaient dans leur vieillesse par l'idée d'être remplacés, et qui voyaient avec plaisir s'élever des jeunes gens qui devaient aller plus loin qu'eux. C'est une satisfaction que vous me faites goûter. Vous rendrez plus de services que per-

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