‹ Le comte de LavernieChapitre 16 sur 27 · II. iO · texte numérisé non relu

II. iO

tête et continua au petit trot de son cheval la ronde qu'il voulait faire le long des lignes,

Gérard, soutenu et cairessé de tous, partit aussi, mais pour retourner au camp, après avoir recommandé à M. de Rubantel la dépouille mortelle du cornette.

Gomme il arrivait à Tendroit ou naguère toute la cour regardait partir les bombes de Yauban, une voix connue frappa son oreille, une main dont la pression lui était familière s'empara de sa main.

.G'était Jaspin, palpitant et sans voix, qui n'osait embrasser son élève, et l'entraînait, malgré ses questions, vers un carrosse qu'on voyait attelé derrière une double rangée de fascines.

Jaspin poussa Gérard auprès de ce carrosse ; un parfum d'iris et de verveine s'en exhalait par les rideaux ouverts. Gérard aperçut la noble et sereine figure de M™» de Maintenon qui lui souriait.

— N'est-il pas blessé ? demanda-t-elle à Jaspin avec une familiarité si douce que le cœur du jeune homme en fut épanoui comme sous une caresse maternelle.

— Non, Dieu merci, madame, répondit Gérard.

— Vous laites bien de dire merci à Dieu, continua

la marquise, car tout le monde a prié Dieu pour vous ; et j'ai voulu, comme les autres, vous complimenter sur votre courage et sur votre bonheur. Maintenant je suis rassurée : le roi a conservé un bon serviteur.

— Et vous, madame, s'écria Gérard, un serviteur reconnaissant, qui n'eût pas regretté la vie si, au lieu de la sacrifier inutilement et sans gloire, il eût eu la fortune de la donner pour vous.

— C'est bien, c'est bien, murmura la marquise d'une voix émue. Je retourne à Saint-Ghislain ; j'y retourne heureuse... Au revoir.

Elle tendit la main hors du carrosse. Gérard s'inclina'sur celte belle main avec respect ; il lui sembla qu'elle cherchait ses lèvres et qu'elle s'y arrêtait une seconde de plus que Gérard n'eût osé la retenir.

— A qui dois-je encore mon salut? demanda-t-il à Jaspin, lorsqu'après le départ de la marquise il eut longuement embrassé son vieil ami. £st»ce vrai, Jaspin, que vous auriez demandé un secours pour moi, malgré mes recommandations ? M. deLouvois me l'a reproché.

— Moi ! s'écria Jaspin, je n'ai parlé qu'à M. de Rubantel, je vous le jure.

— Alors, comment se fait-il que la marquise ait su mon danger?

— Ah! répliqua l'abbé, lorsque j'ai parléàM. deRubantel, toute la cour regardait les bombes ; la marquise était si près du général, qu'elle aura entendu ce que je disais. Elle a pu se récrier, la chose en valait la peine, et pour peu que la marquise vous ait plaint seulement à demi-voix, le roi, qui a l'oreille fine, se sera ému.

— Vraiment, dit Gérard, j'ai là une protectrice qui remplace la Providence.

— Écoutez donc, interrompit Jaspin, ce n'est pas surprenant. M"** la marquise aimait beaucoup votre pauvre mère !

— Oh ! dit Gérard, une mère I... Hélas ! je n*ai plus la mienne, excelle de mon pauvre petit chevalier n'a plus son fils !

Page 1