‹ Le comte de LavernieChapitre 17 sur 27 · COMMENT JASPIN PRIT UNE BRÈME · texte numérisé non relu

COMMENT JASPIN PRIT UNE BRÈME

Louvois rentra de bonne heure à son quartier, il n'était pas content de sa journée. Lorsqu'il eut dévoré, comme le minolaure, cette énorme pâture de travail que ses courriers lui apportaient deux fois par jour, lorsqu'il eut reçu les rapports de tous les officiers et satisfait au devoir de toutes ses charges, en un mot, lorsque la montagne de dépêches, de comptes et de noies, qui couvrait son bureau eut enfanté un monceau de notes, de comptes et de dépêches sortis de sa plume, Louvois regarda l'heure à sa montre : iKétait quatre heures du malin, ce n'était pas la peine de se coucher.

11 expédia ses estafettes, serra ses papiers, et, appuyant sur le dossier de son fauteuil sa lêle brûlante que le travail avait fécondée au lieu de l'épuiser, il songea.

Par quelle étrange fatalité tout ce qu'il entreprenait contre M«>« de Maintenon tournait-ilcontrelui? Était-ce à cause du génie de cette femme? Non ; il en avait autant qu'elle. Était-ce à cause de la haine qu'elle lui portait ? Non ; elle en avait moins que lui«

Sans doute la marquise était bien appuyée, mais Louvois comptait des appuis aussi solides. Le roi finissait toujours par céder à M^^ de Maintenon; mais quand Louvois le voulait bien, le roi ne résistait jamais à Louvois.

GommeDt se faisait-il que la marquise, battue sur rimportante question de la déclaration de son mariage, battue sur toutes les questions importantes, se fût réfugiée dans de petites questions particulières où elle battait toujours Louvois?

C'était là une véritable adresse; la marquise, sérieuse et calme, s'attaquait à un caractère irritable et pointilleux. Elle le harcelait et lui faisait commettre chaque jour une petite faute qu'elle classait à côté des autres, comme dans une collection, se réservant sans doute d'additionner quand le total vaudrait la peine qu'on le mît sous les yeux du roi,

£h bien I il ne fallait pas suivre la marquise sur ce terrain, il fallait, non pas dompter un caractère indomptable, Louvùis n'y songeait pas, mais éviter avec le plus grand soin les occasions de se metlre en colère. Louvois s'était mis en colère chez M""* de Lavernie, à Valenciennes, à Saint-Ghislain ; il avait tué la comtesse, condamné Gérard, exposé le même Gérard au feu des partisans, trois énormes fautes puisqu'elles n'avaient point produit de résultats avantageux.

La première avait amené Jaspin chez M'"" de Maintenon, ces deux ennemis s'étaient soudés pour le perdre; la seconde avait fait nommer Lavernie officier dans l'armée de Mons; la troisième avait attiré à Louvois un affront devant toute la maison du roi assemblée. Désormais rien à faire contre Lavernie.

Mais pourquoi Lavernie se trouvait-il ainsi mêlé à toutes les disgrâces de Louvois. Hasard? Oh 1 non, les hommes trempés comme l'était celui-là n'appellent point hasard un événement qui se reproduit trois

fois sous trois faces, qui se lève trois fois comme un marteau pour anéantir d'un triple coup des plans bien conçus. Et lorsque cet événement se personnifie dans un ennemi tel que Gérard, lorsqu'il est créé par le souffle d*une ennemie telle que M^^ de Maintenon» ce n'est plus hasard, fatalité, malheur qu'il faut rappeler, car c'est une épée qui percera, une balle qui frappera, un souffle qui empoisonnera, et jamais l'idée n'est venue à personne d'attribuer au hasard la mort d'un homme tué par une épée, une balle ou un poison.

Alors Lavernie est l'instrument; et comment la marquise avait- elle choisi celui-là? se demandait Louvois. Parce que la comtesse de Lavernie avait été autrefois son amie? Oh! quelle puérilité.

Cependant, songea-t-il, le motamie, ancienne amie, signifie tant de choses pour une femme ! 11 signifie les joies de la jeunesse, les confidences, les erreurs, les fautes; il signifie les secrets, comme disait Jaspin en ce jour maudit, à Valenciennes : les secrets de M"« de Maintenon.

Ëhl malheureux, au lieu de te consumer chaque jour en des querelles de femme, mauvaise guerre dans laquelle tu combats à coups de canon, comme un brutal, une fourmi qui n'est jamais atteinte et dévore chaque jour plus profondément ta chair, malheureux contre qui l'on ruse, ruse de même, cherche, sonde, fouille, achète des aveux, et découvre-les donc, ces secrets de M«« de Maintenon et de M™e de Lavernie I

Quelqu'un les connaît — c'est Jaspin. — Eh quoi? les mains puissantes, les mains adroites qui ont dénoué une à une toutes les trames de la politique eu-

ropéenne ne sauraient-elles dévider cette vulgaire bobine qui a nom Jaspin ?

Maintenant, la marquise, qui a choisi Saint- Gbislain pour résidence, sait ou à peu près tout ce qui me concerne. Elle sait que j'ai placé Antoinette aux Filles-Bleues d'abord, puis aux Augustines de Valenciennes. Elle sait que je persécute cette Antoinette, c^r on doit m'appeler son tyran. Elle favorise Gérard de Lavernie en haine de moi, et voilà tout ce qu'elle sait. Elle ne devinera jamais autre chose. La Goberge lui- même, ce coquin échappé à ma colère, n'en sait pas plus que les autres.

Mettons les choses au pis : que Mn»« de Maintenon découvre qu'Antoinette est ma fille, qu'elle en fasse un éclat, un scandale, cela ne fera pas même froncer le sourcil à M*»* de Louvois ; mes enfants crieront un peu, mes ennemis beaucoup ; mais le roi n'osera rien dire, lui, qui a tant de bâtards à se faire pardonner.

Ainsi je laisserai Antoinette sous la mairi de la marquise jusqu'à la première bonne occasion : il en naîtra une, je l'espère. Ainsi je laisserai M. de Lavernie chanter ses victoires et roucouler ses amours; cependant, souriant à tout le monde et poursuivant ma pensée, je découvrirai ce que je veux, savoir; tout le monde m'y aidera. La marquise elle-même^ quand elle croira mes soupçons endormis, me laissera voir le fond de son âme.

De même que Vauban lorsqu'il a reconnu Mons s'est appliqué à l'endroit faible et a ouvert deux tranchées, l'une verscetendroit, l'autre vers un autre, pour donner le change aux assiégés ; de même j'atta*» querai ce fameux secret tandis que la marquise me

croira seulement occupé d'empêcher la déclaration de son mariage et les amours de ses protégés.

L'endroit faible est défendu par une garnison qu'on appelle Jaspin, c'est là qu'il faut attaquer.

Le jour éclairait déjà la tente, et l'on entendait les tambours et les trompettes qui réveillent les soldats. C'était l'heure à laquelle Louvois se levait d'ordinaire. Le valet de chambre souleva un coin de la tapisserie. En voyant son maître la tête ensevelie dans ses deux mains, il le crut endormi sur sa correspondance ; cela était si souvent arrivé I Mais Louvois se redressa au bruit. 11 se fit habiller et coiffer, comme après une bonne nuit de sommeil, but son verre d'eau de Forges et demanda quels étaient les visiteurs déjà rassemblés dans l'antichambre.

Les noms qu'on lui cita ne lui offrant rien de fort intéressant, bien qu'on y vît figurer celui de M. Desbultes, qu'il avait mandé, il fit seller un cheval et sortit par l'autre porte de son quartier pour faire à la fois \ine bonne inspection et une promenade.

11 n'avait pas marché deux cents pas qu'il aperçut, au bord du chemin creux où la veille il avait envoyé les chevau-légers, un personnage tranquille, vêtu d'un épais manteau noir, qui sollicitait le marais avec une canne assez longue dont il semblait faire Tusage qu'un ingénieur fait d'une sonde.

— Quelque apprenti de M. de Vauban, pensat-il. Il faudrait cependant dire à cet imbécile qu'il est inutile de sonder les mares comprises dans nos lignes et défendues par cent mille hommes de nos troupes.

L'homme au manteau poussait.et ramenait sa canne dans l'eau avec un mouvement régulier qui excita la curiosité de Louvois. Ce mouvement n'était pas

ordinaire. Lorsqu'on sonde on cherche perpendiculairement le fond ; mais le prétendu apprenti de Vauban imprimait à sa canne une secousse diagonale, tandis que son bras roide allait et venait comme le balancier d'une pendule.

Louvois, qui n'était point patient, n'eut pas observé cet homme pendant deux minutes, qu'il s'approcha, bien étonné que le bruit de son cheval n*eût pas distrait le personnage.

— Eh! monsieur, cria-t-il avec ironie, vous vous trompez de. marais. Ce n'est point celui- ci qu'il vous faut sonder. Vous volez l'argent de M. de Yauban!

Le personnage interpellé se retourna et tressaillit d'une désagréable suiprise. Louvois poussa une joyeuse exclamation, car ce personnage était l'abbé Jaspin, avec lequel il désirait tant d'avoir un entretien.

Jaspin ôta son chapeau de la main gauche, sans interrompre son mouvement oscillatoire du bras droit.

— J'ai bien l'honneur d'être le très-humble serviteur de monseigneur^dil-i^en tremblant de tous ses membres, — car il s'attendait tout au moins à une bourrade, tout au plus à un maigre salut de la tête.

— Eh, mais I dit Louvois épanoui, en menant son cheval jusqu'au bord de la mare, après avoir maintenu son escorte à distance par un geste, il me semble que j'ai le plaisir de saluer M. l'abbé Jaspin.

— Comme il a retenu mon nom, le tigre I pensa l'abbé, en s'inclinant de trois quarts sans cesser de balancer son bras, bien qu'il le ralentît un peu.

— Je me demande, excusez ma curiosité, mon cher monsieur, continua Louvois, je me demande

ce que vous pouvez faire dans cette eau avec ce bâton que vous remuez ?

— Monseigneur... pardon... est-ce que c'est défendu î dit Jaspin en s'arrêtanl, avec une figure toute renversée — car il ne pouvait croire que Louvois Teût appelé cher monsieur sans les plus terribles arrière-pensées.

— Défendu, répliqua Louvois en s'approchant encore... mais je ne crois pas, bien que jMgnore absolument ce que vous faites, seul, et de si grand matin, devant cette eau froide que vous battez avec une perche.

— Monseigneur, je pêche, dît Jaspîn.

— Ah I que ne disiez-vous cela tout de suite, s'écria Louvois avec une hilarité qui ne lui était pas naturelle, et qui acheva de confondre toutes les idées deJaspin.Gomment, vous péchez I et que pêchez-vous?

— Monseigneur, j'ai Tinteutionde pêcher des brè* mes ou des anguilles,

--- Avec ceci î

Il montrait le bâton plus que jamais balancé*

«— C'est une ligne, oui, monseigneur»

. -^ En vérité, monsieur Jaspin, voilà qui mainte* tresse au dernier point. Expliquez-moi, je vous prie, comment on fait» J'ai des mares aussi chez moi, à Ancy-le-Franc et à Meudon ; je serais bien aise de savoir si Ton se divertit à pécher ; je m'y divertirais en mes moments perdus;

«^ Monseigneur^ c'est extrêmement divertissant^ répondit Jaspin j blême de peur et en proie à l'idée qui lui était venue que Loutois, seul avec lui, était capable de )e ptécipiter sournoisement dans eette

eau noire dont malheureusement il connaissait la

profondeur.

• — Ainsi, vous êtes bien assuré qu'on prend quelquefois du poisson de cette manière, M. Jaspin ?

— Mais, oui, monseigneur. C'est ainsi qu*on excite lé poisson h sortir de la vase ou des pierres. 11 voit l'appât, il mord, et on le prend à l'hameçon en donnant un coup sec.

— C'est bizarre, dit Louvoisen descendant de cheval.

Jaspin qui surveillait tous ses mouvements faillit jeter un cri d'alarme en voyant celui-là. Mais, au .roème instant, une secousse ébranla son bras ; il oublia tout, Tamour de l'art l'emporta sur l'inimitié po-' lilique : Jaspin tira sur l'eau et montra avec orgueil l Louvois une large brème qui, après deux ou trois efforts, revint pâmée à la surface, étalant aux premiers rayons du soleil son ventre argenté, ses nageoires roses et noires.

■^ Oh ! mais, le beau poisson I dit Louvois enchanté du triomphe de Jaspin, parce que la joie de l'homme qu'on veut faire parler lui desserre le cœur et lui dénoue la langue. Me voilà converti à la pêche : je pêcheraié

. Et il s'assit sur la berge auprès de l'abbé, qui ne savait lequel des deux, du ministre ou du poisson, il devait admirer le plus.

Mais Louvois n'était pas venu complimenter Jaspin, il ne s'était pas assis sur l'herbe humide, à ses côtés, pour parler longtemps de la pèche à la ligne.

Quant à Jaspin, il ne se flattait pas non plus d'avoir acquis un nouvel adepte au Grand*Orient dés

pécheurs. Plus Louvois était gracieux, plus Tabbé^e défiait.

— Je suis sûr, reprit Louvois, que vous m'en voulez toujours, M. Jaspin.

— Oh I monseigneur, par exemple !

— Et que vous n'avez pas encore compris ma colère de Valenciennes.

— Oh! monseigneur, les petits n'interrogent jamais le fond de Tâme des grands.

— C'est bien répondre; mais vous n'êtes pas homme à ne pas interroger, vous.

— Monseigneur, jamais I

— Savez-vous, M. Jaspin, que vous avez manqué . de me brouiller avec M°« de Mainlenon ? je ne vous

l'eusse jamais pardonné. Quoi ! vous êtes un ami intime de la marquise, et vous ne me le dites pas! Heureusement, on sait son monde, M. Jaspin, ajouta Louvois en attachant sur le pauvre homme un de ces regards avec lesquels il fouillait l'abîme d'un cœur, heureusement, on connaît les causes de cette amitié... Jaspin oublia un moment sa ligne pour regarder Louvois à son tour.

— Ce qui fait, continua Louvois, qu'au lieu de vous garder rancune, j'ai pris pour vous infiniment d'estime, que je vous témoignerai à l'occasion.

L'abbé fut étourdi d'abord par ce moulin à compliments et effarouché par ces réticences ; mais il était d'un sens droit, il réfléchit qu'en parlant avec un homme aussi fort, il ne manquerait pas de dire qufilque sottise, tandis qu'en se réservant il embarrasserait Louvois, s'il ne le pénétraU pas.

— Monseigneur, répliqua- t-il, me fait l'honneur de se moquer de moi.

-i^ Comment cela, monsieur Jaspin ?

— Monseigneur sait très-bien que Je ne puis être honoré de Famitié de M>°« de Maintenon.

— Et pourquoi?

— Parce que je ne la connaissais pas il y a huit jours, el que je l'ai vue pour la première fois à Valenciennes.

— Pour la grflee de M. de Lavernie?...

— Oui, monseigneur.

— Grâce qui vous a été accordée si vite par la marquise, que ce ne peut être pour vous qu'une amie.

Jaspin réfléchit encore. Évidemment Louvois lui tendait un piège, puisque la grâce avait été obtenue au nom de M. du Maine. Mais il convint à Jaspin de donner dans lo piège et de ne pas nier la participation de M»* de Maintenon.

— Oh ! monseigneur, comment M™« la marquise eût-elle refusé de protéger le fils d'une si chère amie !

— U parait que c'est une vieille amitié?

— D'enfance, monseigneur.

— Voilà ce que vous eussiez dû me dire tout de suite, quand vous avez sollicité près de moi, monsieur Jaspin.

— On ne pense pas à tout, monseigneur; j'étais si troublé I

— Au lieu de cela vous m'avez dit mille énormités; vous rappelez- vous?

. — Mon Dieu, non, monseigneur, mais j'en suis bien capable.

— A vous entendre, ce, M. de Lavernie était l'ar-

che sainte ; il n'y fallait point toucher, H^t dé Maintenon m'eût fait lapider.

— Quoi, j'ai osé...

— Vous avez fait plus, vous m'avez appelé Anaan. — 11 n'est pas possible !

— Et vous m'avez prédit ma ruine si je touchais aux secrets de M^ de Maintenon, Vous voyez que j'ai compris et que j'ai respecté ces secrets.

Louvois souriait, mais avec trente^deux dents clévorantes.

Jaspin prit «on air d'agneau.

• — Quels secrets ?

— Je ne sais pas, moi ; c'est vous qui devez savoir. ~

— Ah ! pardon, monseigneur, c'est qu'il me semble que je rêve; en vérité, vous m'avez inspiré bien de la terreur à Valenciennes pour que j'aie ainsi perdu la tête et exlravagué !

Louvois se refroidit tout à coup en devinant le jeu serré de cette prétendue bobine.

— Extravagué ? répéta-t-il, oh I vous en êtes incapable, M. Jaspin ; je ne connais pas de meilleure tête que la vôtre. Voyons, nous sommes bien seuls, ne jouez plus au fin avec moi, je vous reconnais maître.

— Encore une plaisanterie de monseigneur;

— Non, je ne plaisante pas, M. Jaspin. Quoi l tout ce que vous m'avez dit alors de la colère que me témoignerait M"» de Maintenon... extravagance?

— Mais. .. oui, monseigneur.

— Et ces mots : Savez- vous ce que c'est que M/ de La vernie?

— Le fils de l'amie intime de madame...

— Fort bien. Et cette menace, si je touchais aux secrets..,

— J'étais fou à lier; la douleur m*avait détraqué la cervelle.

Louvois se leva :

—TH. Jaspin, dit-il, souvenez- vous de ce que je vous déclare : si M»* de Main tenon vous offrait un miU lion, je vous en donnerais deux ; mais si elle ne vous le donne pas, ce million que vous valez, elle sera bien ingrate; alors pensez à moi. En attendant, je vais tâcher de faire mes affaires moi-même.

Jaspin ouvrit de grands yeux sincèrement effarés.

— Voyez-vous, continua Louvois, il en est de vos secrets comme des poissons qui sont dans cette mare : vous les cherchez, ils vous fuient; vous en accrochez bien par-ci par-là quelqu'un avec votre hameçon, comme j'ai attrapé une bribe de vos mystères avec mes questions ; mais supposez que je fasse dessécher demain cette mare par mes terrassiers, je verrai au fond barboter et s'offrir à moi haletants tous les poissons que je ne vois pas à cette heure. C'est un peu plus long, c'est un peu plus cher, mais c'est tout à fait sûr. Eh bien, cher monsieur Jaspin, je dessécha rai la mare. Adieu, vous ne savez pas ce que vous perdez.

Et Louvois, dépité de n'avoir rien tiré de cette probité tenace ou de cette ambition insatiable, s'en revint à son cheval, non sans avoir regardé plusieurs fois en arrière, comme un acheteur qui attend que le marchand le rappelle. Mais Jaspin, heureux d'en être quitte ainsi, se gardait bien de bouger. A côté des laquais de Louvois, attendait un personnage tout brodé d'or, bien qu'il fût à peine cinq heures du

BialiD, cel homme saluait les laquais, les chevaux, et faisait des révérences à Jaspin et à Louvois, au devant duquel il arrivait, peu à peu, les pieds en dehors, comme s*il eût marché sur des œufs.

C'était Desbuttes, Louvois le reconnut à sa plate figure, Desbuttes qui s'applaudissait d'avoir été baptisé par un homme que le grand ministre regardait pécher.

— Que faites-vous là ? dit Louvois brutalement à celui-ci sur lequel il comptait se venger de Tautre.

— Monseigneur, j'attendais que vous eussiez fini de causer avec mon parrain, répliqua le financier.

— Votre parrain ! dit Louvois... qui cela?

— Monsieur Tabbé Jaspin, monseigneur, c'est mon parrain... bien par hasard, c'est vrai, mais enfin il l'est et je m'en honore.

Jaspin entendit, aperçut Desbuttes. Use retourna, s'élança vers lui, et involontairement, dans la peur qu'il eut de son indiscrétion, lui fit signe de se taire.

Louvois saisit le mouvement d'effroi et le geste. Le visage de Fabbé lui révéla une inquiétude mor« telle.

— Âh I ah I murmura-t-il lentement, on dirait que Mutins Scevola tremble pour ses secrets... Venez donc, monsieur Desbuttes, et comptez-moi un peu ce baptéme-là.

Jaspin resta béant à voir s'éloigner le ministre avec Desbuttes, et la canne lui tomba des mains.

COMMBNT MONSISCB DE LOUYOIS PRIT JASPIN

Desbuttes ne se sentait pas d'aise de marcher côte à côte avec M. de Louvois. Et cependant le financier n'avait pas Tair d'un homme parfaitement heureux. Cette convocation chez le ministre l'inquiétait. Il y avait quelques symptômes de tristesse sur sa figure; Quel soleil n'a pas ses taches !

Louvois commença par demander à Desbuttes comment il se trouvait là, sur ce chemin, au lieu d'avoir attendu au quartier. Desbuttes répondit qu'étant allé au quartier de monseigneur pour se trouver à son audience, il n'avait pu être reçu; qu'il lui semblait avoir entendu comme un pas de chevaux hors du quartier, à une autre porte; que l'idée lui était venue que peut-être monseigneur était sorti; qu'alors lui. Desbuttes, était sorti de même et avait dirigée sa promenade psj hasard du côté de ce chemin où sa bonne étoile l'avait mis en présence de monseigneur.

Le drôle se garda bien de dire qu'il avait questionné l'huissier avec cette fraternité particulière aux gens qui ont été un peu laquais eux-mêmes j que sa question, accompagnée d'une pistole, avait produit les meilleurs résultats, et que l'huissier avait indiqué de quel côté s'était dirigé Louvois : en sorte que Desbuttes avait couru de ce côté pour être plus tôt délivré de ses angoisses.

— Comment, interrompit Loùvois, vous êles le filleul de TabbéJaspin?

— Oui, monseigneur.

Ici Louvois s'arrêta. Était-il bon de questionner aussi brusquement cet homme sur un sujet si délicat? Si le filleul savait quelque chose, parlerait-il contre les intérêts de son parrain? Fallait-il donner encore un coup d*épée dans Teau, se faire battre une seconde fois sur le même terrain?

Louvois, avant de poursuivre, regarda le visage de Desbuttes. Il y avait trop d*astuce et d*avidité sur cette face pour qu'on ne gagnât point quelque chose à essayer de lui faire commettre une trahison. D'un aulro côté, cette astuce pouvait servir à dérouter l'interrogateur sans compromettre l'interrogé. Décidément, la circonspection était de rigueur.

Louvois regarda à sa montre pour savoir s'il aurait le temps de diplomatiser avec ce rustre; il lui restait un quart d'heure.

— C'est assez, se dit-il, je n'ai rien arraché à Jaspin, qui est un homme sans vices; mais celui-ci est un fieffé voleur, je vais l'effrayer, il parlera.

— : Eh bien ! monsieur, reprit-il tout haut, puisque vous voulez de moi une audience, je vous l'accorde, parlez.

— Mais, monseigneur ne se rappelle donc point que c'est lui qui a daigné me mander auprès de sa personne; je n'ai fait qu'obéir, avec une grande joie^ c'est vrai.

— Mandé ou non, parlez, n'avez-vous pas des comptes à me rendre?

C'était là un mot effrayant. Louvois en calcula

toute la portée. Des comptes, à un traitanll... Desi)u(tes changea de couleur.

— Ah bien I pensa Louvois, en voilà un que je pécherai au moins, il mord celui-là.

— Je suis prêt à rendre compte à monseigneur, dit Desbultes en maltraitant fort la broderie de soâ habit.

— Vous aviez la fourniture d'une division de Tar* mée.

— Grâce à vos bontés, dont je serai éternellement reconnaissant, monseigneur.

— Eh bien... vous avez passablement volé, n'estce pas ?

— Oh! monseigneur, je vois ce qu'il en est, on vous aura dit que j'avais gagné des sommes folles.

— Des millions... oui, on me Ta dit, et c'est vrai. Si ce n'était pas vrai, vous ne seriez pas l'homme que vous êtes , monsieur Desbuttes. Allons, comptons, comptons...

— Mais, ce qu'on vous a dit, s'écria Desbuttes éploré, est fort eiagéré, monseigneur, car...

— Gela m'a été dit par quelqu'un de bien informé, par un de vos amis...

— Mais...

— Et vous avez acheté un château, une terre, que sais-je?

— Ohl monseigneur. ••

— Monsieur Desbuttes, on n'a pas le droit de s'enrichir ainsi en un mois quand le roi est si gêné.

— Mais je ne suis pas riche I

— Et le château ?

— Une bicoque!

— Et la terre?

— Quelques arpents...

— El Vbabit d'or !

— Monseigneur, un nouveau marié cherche à se faire beau pour plaire à sa femme.

— Ah! c'est vrai, j'oubliais que vous êtes marié; encore un grief que j'ai contre vous. Comment, vous qui me devez votre fortune, avez-vous élé assez mal élevé pour ne me point demander mon consentement?

— Monseigneur, je suis si peu de chose.

— Vous aurez épousé quelque héritière? demanda Louvois qui se rappelait parfaitement ce que la Goberge lui avait dit de Viqlelle fiancée d'abord à Belair, encore une nichée d'ennemis. Mais il voulait voir si Desbuttes mentirait.

— Monseigneur, s'écria celui-ci, je vous jure que ma femme ne possède pas un sol !

— Bahl... bahl...

— Ohl si elle eût apporté au moins une dot, dit Desbuttes avec un soupir qui révélait bien des tempêtes cachées au fond de ce ciel conjugal! Mais non, pas même d'argent !

Louvois sourit méchamment.

— On dirait que vous n'êtes pas satisfait de la jeune dame? demanda-t-il. Ëst«^Ue d'une bonne famille, au moins ? Est-elle belle ? Est-elle sage?

— Monseigneur, elle est fort belle, trop belle, en vérité. Quant à la sagesse... je crois, j'espère... je ne sais pas. Quant à la famille, elle n'en a plus; son père était l'unique parent qui lui restât, et elle vient de le perdre; le père Gilbert est mort voilà tantôt quinze jours.

— Gilbert I s'écria Louvois en dressant l'oreille.

— Oui 9 monseigneur.

— Qu'était ce Gilbert? poursuivit le ministre en contenant sa fougue.

~ Un soldat... un vieux vaillant.

— 11 me semble que je connais ce nom, dit Lou- Yois palpitant, je connais tous les soldats de Tarmée, moi... Ce Gilbert n*était-ii pas. ..

— Aveugle, monseigneur.

— El?...

— Et jambe de bois... 11 avait été ainsi mutilé le même jour dans la tranchée de Maeslricht.

— > Et.*. Violette est sa tille?... interrompit Louvois frappé de crainte.

— Monseigneur daigne savobr le nom de ma femme?

— Je sais tout ! répondit Louvois.

Et sur-le-champ :

— Ce coquin, pensa-t-il, n'aurait-il pas appris quelque chose par Gilbert?

— Où est mort votre beau-père? demanda Louvois, comment est-il mort?

— Pauvre, malgré mes bonnes intentions, monseigneur, car je vous jure que j'avais l'intention de le bien soigner dans ses vieux jours, le cher homme.

Louvois, un peu rassuré, songea que Desbuttes n'oserait pas lui faire ainsi l'éloge de Gilbert, ni se vanter de ses bonnes intentions pour lui, au cas où ce Gilbert aurait avoué l'aventure du coffret et les persécutions de Louvois.

— Je vous ai demandé où votre beau-père était mort; à votre château, sans doute ?

— NoD,monseigneur, dans sa pauvre petite maison.

loin d'ici, assisté seulement de sa filie qui ne Ta pas quitté, qui lui a fermé les yeui, car elle Taimaii tendrement, et c'était touchant de voir ce père et celle fille...

— Vous avez vu..,

— Oh ! non, monseigneur, jamais ; mes occupations, les fonctions dont vous aviez daigné m'honorer me retenaient à Valenciennes et m'avaient séparé de ma femme le jour même de mon mariage.

Louvois était resté plongé dans ses perplexités. N'était-ce pas une incroyable persécution du sort que ce secret de la naissance d'Antoinette, toujours éteint, se rallumant toujours? Gilbert était mort, et au lieu d'emporter dans la tombe ce qu'il avait pu surprendre à Maestricht, il en léguait peut-être la mémoire à une jeune femme vivace, ambitieuse, liée à tous les ennemis de Louvois ! Encore une créature que Louvois allait être forcé de haïr, de craindre et de détruire.

Desbuttes remarqua cette profonde prostration de son protecteur. On pense bien qu'il respecta son silence et retint tout son souffle, pour ne pas troubler une si précieuse méditation.

— Ce Desbuttes ne sait rien, pensa le minisire, il n'est pas aimé de sa femme.

Et brutalement :

— Pourquoi votre femme vous a-t-elle épousé?

dit-il, pour votre argent?

— Hélas I monseigneur sait donc tout ?

— Tout, vous dis-je. Elle est froide avec vous, diton?

— Oh ! froide... si monseigneur disait glacée.

— A quoi attribuez*vous cela?

— Mais, monseigneur...

— Parlez, j*ai roreïlle intelligente.

•— G*est si délicat, monseigneur.

— Nullement. Je vais vous meltre à Taise; ne recevez «vous pas chez vous des gens qui vous gênent ?

'—• Mais..»

— N'avez-vous pas eu dernièrement M. de Rubantel?... M. de Lavernie?... Monsieur...

— Belair, s'écria vivement Desbuttes.

— Oui, qu'est-ce que ce Belair?

— Un musicien.

— Pourquoi un musicien chez vous? Est-ce que vous aimez à ce point la musique ?

— ' Ce n*est pasmoi.

— C'est votre femme ? fort bien ! Que venaient faire chez vous tous ces messieurs?

— lis passaient, monseigneur.

— Vous êtes bien assuré de n'avoir pas comploté quelque chose avec eux?

— Moi, monseigneur! s'écria Desbuttes effrayé, mot comploter ! et quoi donc? et contre qui?

— Mais, contre moi, par exemple.

— Monseigneur me donne la chair de poule! Moi, ourdir des complots contre mon bienfaiteur !

— Cela s'est vu.

— Mais monseigneur va me faire pleurer. A quel propos monseigneur concevrait-il de moi une pareille idée î

— M^. Desbuttes , c'est que M. de Lavernie et M. Belair sont des ennemis mortels à moi.

— Eh 1 monseigneur, que me faites- vous rhonneur de me dire ?... i\e Belair, cet histrion,..

— Voilà.

— Et il apprend la guitare à ma femme!... et je souffrais cela... Oh! mais je vais le chasser...

— Pourquoi? si voire femme se plaît ilans la société de ce musicien «cela vous attirera des querelles de ménage.

— J'en ai déjà trop!

— Ah!

— J'avalais assez de couleuvres !

— En vérité, monsieur Desbuttes?

— Ohl...

Et le Iraitanl résuma dans cette seule exclamation tout le poème de ses douleurs.

— Vous auriez quelques soupçons? dit Louvois d'un air de compassion.

— Hélas! monseigneur.

— Monsieur Desbultes^ il faut avoir des certi* tudes.

— Ck)mment faire? on se moquerait de moi.

— Je vous croyais homme d'esprit; allons, je vois ce qu'il en est ; vous êtes un jaloux sans cause ; et tant mieux, sinon, je vous eusse aidé, vous le pouvez croire. Car enfin j'y ai un intérêt, ces amis de votre femme étant mes ennemis.

— Oh ! monseigneur, comme je vais donner congé à ce Belair !

— Vous me désobligeriez infiniment, dit Louvois d'un ton sérieux. Agissez pour vous et non pour moi. 11 me. suffit de savoir que le jour où vous avez reçu MM. de Rubantel et Lavernie, ces messieurs passaient , et qu'il n'y avait pas entre eus et vous de connivence.

— Oh ! je le jure bien, et d'ailleurs ils venaient

cbez moi avec mon parrain... tenez, monseigneur, demandez-le-lui à lui-même, c'est un brave homme, incapable de mentir, interrogez-le, il vous dira que je ne connaissais pas M. de Rubantel, ni M. de Lavernie, bien que j'eusse été marié dans la chapelle de ce dernier par mon parrain lui-même.

— Ah! encore ce détail, dit I^uvois; par quel hasard alliez- vous à Lavernie?

— Monseigneur, c'était mon chemin en revenant de chez moi.

— Gomment, de chez vous ? Quel chez vous?

— Du pays où je suis né, du village où j*ai été baptisé.

— Expliquez-vous, dit Louvois, qui avait enfin, par un si habile détour, ramené Desbuttes à ce fameux baptême.

Desbuttes raconta au ministre comment Jaspin, passant dans le village avec une femme, avait fortuitement servi de parrain à cet enfant que tout le monde repoussait.

— Eh bien, se dit Louvois, qu'y a-t-illà de si effrayant pour que Jaspin s'en soit effrayé ainsi tout à l'heure? Il doit y avoir autre chose; voyons.

— Quel homme est-ce votre parrain? demanda-t-il.

— Mais, monseigneur, un très-digne homme.

— Vous allez avoir là une protection bien puissante.

— Ah! fit Desbuttes ravi.

— Oui, un ami de Mm« de Maintenon.

— Ah ! répéta Desbultes, mon parrain est ami de madame...

— L'ignoriez-vous? interrogea Louvois du geste» delà voix» du regard.

«-*- Monseigneur, ce n'est pas étonnant, je ne le connais pas, moi, mon parrain; je ne l'ai vu que cinq ou six fois au plus dans ma vie.

— Tout cela, pensa Louvois, ne me donne rien et n'explique pas les terreurs de Jaspin. Ali ! j'y songe: cette femme qu'il avait avec lui en passant dans le village... Un abbé qui mène avec lui une femme... il y a peut-être là quelque chose...

•— Dites-moi, Desbultes, demanda Louvois, vous me parlez toujours de votre parrain; mais votre marraine ?

— Oh! c'est différent, monseigneur; le* parrain, je le connais bien peu ; mais la marraine je ne la connais pas du tout.

-^ Cependant... puisqu'elle était là, accompagnant M. Jaspin?

Desbuttes haussa l'épaule comme quelqu'un qui ignore.

— Je ne l'ai jamais revue, monseigneur, et mon parrain ne m'en a jamais parlé.

— Ah!... c'est ici que commence le louche, se dit Louvois. Nous devons trouver là .quelque peccadille contre un des sept commandements. Gomment s'ap* pelle votre marraine; Desbuttes?

— Monseigneur, je ne vous dirai pas. J'ai été lever mon extrait de baptême au village quand j'ai dû me marier, et je ne l'ai pas seulement lu. 11 n'y a rien d'étonnant ; comme c'est mon parrain qui m'a marié, il ne m'a pas même demandé de lire cet acte qu'il connaissait mieux que personne.

— C'est juste; mais cet acte, vous l'avez?

— Dans mes papiers, oui, monseigneur.

— Vos papiers, où sont-ils ?

— Dans mon portefeuille que fal apporté pour offrir mes comptes à monseigneur ; le portefeuille est dans mon carrosse...

Ils étaient près du quartier qu'on voyait à cent pas*

— C'est votre carrosse, ce bel équipage si bien al* télé?

~"'^— Oui, monseigneur, je l'avais fait faire pour ma femme, mais elle ne veut point y monter, parce que j'ai fait peindre des amours sur les panneaux.

— Décidément, vous êtes un mari à plaindre, cher monsieur Desbuttes, dit Louvois. Nous allons aviser à cela. Allez me cberclier voire portefeuille.

Desbuttes courut; cependant, Louvois aperçut Jaspîn qui, dans ses transes, avait quitté la ligne et suivi de loin les deux promeneurs. Cette nouvelle maladresse du bon abbé aiguisa les soupçons du ministre.

Desbuttes arriva portant le carton qu'il offrit respectueusement à son maître. Il y avait déjà cherché l'extrait de baptême, aûn d'épargner une peine à Louvois.

— Monseigneur, dit-il, c'est comme une fatalité. Je suis destiné à l'anonyme. Ma marraine ne savait, pas écrire et a signé d'une croix.

— Oui, mais son nom doit avoir été écrit dans l'acte par le prêtre qui l'a rédigé.

•— Monseigneur, c'est un nom illisible et impossible... Babolein... Barbin...

Louvois prit le papier, y appliqua sa vue perçante, cette vue qui eût pénétré jusqu'au centre de la terre, — N. Balbien, servante! — s*écria-t-il avec une explosion qui flt reculer Desbuttes.

Et il s'empara du papier avec un tremblement de joie.

— C'est bon, c*est bon, laissez-moi, dit-il, en renvoyant Desbuttes, je vous dispense de vos comptes, laissez-moi ; je vous rappellerai tantôt, j^ai une mission à vous donner.

Desbuttes s*en fut ébloui, stupéfait, à reculons.

— Et silence! sur votre viel lui dit Louvois en fronçant son terrible sourcil.

Le traitant s'esquiva.

— Ahl... M"« Balbien, servante de M»» Scarron, est la commère de M. Jaspin!... murmura Louvois. Je commence à comprendre pourquoi Tabbé avait peur... Eh! eh! il me semble que moi aussi j'ai péché ce matin un gros poisson.

Ah! M. Jaspin prétend qu'il ne connaissait pas M"« de Mainlenon, et il connaissait depuis trente ans sa servante!... il a menti, donc le secret est là.

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