LA RU^T
arrêté au tiers de la création pour épargner à un ange les larmes que nos crimes devaient faire couler un jour de ses yeax immortels ; supposez qu'après avoir tout préparé, tout pétri, tout fécondé, au moment d'admirer son œuvre, Dieu ait éteint le soleil et repoussé du pied le monde dans la nuit éternelle ; alors vous aurez une idée, ou plutôt non, non^ vous ne pourrez pas encore vous faire une idée de ce que je perds en perdant la vie en ce moment.
Xercédès regarda le comte d'un air qui peignait à la fois son étonnement, son admiration et sa reconnaissance.
Monte- Christo appuya son front sur ses mains brûlantes, comme si son front ne pouvait plus porter seul le poids de ses pensées.
-— Edmond, dit Mercedes, je n*ai plus qu'un mot à vous dire.
Le comte sourit amèrement.
— Edmond, continua-t-elle , vous verrez que si mon front est pâli , que si mes yeux sont éteints , que si ma beauté est perdue, que si Mercedes enfin ne ressemble plus à elle-même pour les traits du visage, vous verrez que c'est toujours le même coeur!... Adieu donc, Edmond ; je n'ai plus rien à demander au ciel... Je vous ai revu... et revu aussi noble et aussi grand qu'autrefois. Adieu , Edmond... adieu et merci !
Mais le comte ne répondit pas.
Mercedes ouvrit la porte du cabinet et elle avait