‹ Le Comte De Monte-Christo Par Alexandre DumasChapitre 18 sur 35 · LA HÈRE ET LE FILS · texte numérisé non relu

LA HÈRE ET LE FILS

son de la rue du Helder sans rien emporter. Gomment je Fai appris, ne cherchez point à le décou* yrir. Je le sais : voilà tout.

i( Écoutez, Albert.

« 11 y a vingt-quatre ans, je revenais bien joyeux et bien fler dans ma patrie. J'avais une fiancée , Albert , une sainte jeune fille que j'adorais , et je rapportais à ma fiancée cent cinquante louis amassés péniblement par un travail sans relâche. Cet argent était pour elle, je le lui destinais, et sachant combien la mer est perfide , j'avais enterré notre trésor dans le petit jardin de la maison que mon père habitait à Marseille sur les allées de Meillan.

u Votre mère, Albert, connaît bien celle pauvre chère maison.

u Dernièrement , en venant à Paris, j'ai passé par Marseille. Je suis allé voir cette maison aux douloureux souvenirs ; et le soir , une bêche à la main, j'ai sondé le coin où j'avais enfoui mon trésor. La cassette de fer était encore à la mcme place, personne n'y avait touché ; elle est dans l'angle qu'un beau figuier, planté par mon père le jour de ma naissance, couvre de son ombre.

<( Eh bien ! Albert, cet argent qui autrefois devait aider à la vie et à la tranquillité de cette femme que j'adorais , voilà qu'aujourd'hui , par un hasard étrange et douloureux , il a retrouvé le même emploi. Oh ! comprenez bien ma pensée, à moi qui pourrais offrir des millions à cette pauvre femme,

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et qni lai rends seulement le morceau de pain noir oublié sous mon pauvre toit depuis le jour où j*ai été séparé de celle que j'aimais.

u Vous êtes un homme généreux, Albert, mais peut-être êtes-vous néanmoins aveuglé par la flerté ou par le ressentiment ; si vous me refusez, si vous demandez à un autre ce que j'ai le droit de vous offrir, je dirai qu'il est peu généreux à vous de refuser la vie de votre mère offerte par un homme dont votre père a fait mourir le père dans les horreurs de la faim et du désespoir. »

Cette lecture finie, Albert demeura pâle et immobile, attendant ce que déciderait sa mère.

Mercedes leva au ciel un regard d'une ineffable expression.

— J'accepte, dit-elle ; il a le droit de payer la dot que j'apporterai dans un couvent!

Et mettant la lettre sur son cœur , elle prit le bras de son fils , et d'un pas plus ferme qu'elle ne s'y attendait peut-être elle-même , elle prit le chemin de l'escalier.

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Cependant Monte-Chrîsto , loi aussi, était rentré en vilie avec Emmanuel et Maximilien.

Le retour fut gai. Emmanuel ne dissimulait pas sa joie d'avoir vu succéder la paix à la guerre, et avouait hautement ses goûts philanthropiques. Morrel, dans un coin de la voiture, laissait la gaieté de son beau-frère s'évaporer en paroles, et gardait pour lui une joie tout aussi sincère, mais qui brillait seulement dans ses regards.

 la barrière du Trône on rencontra Bertuccio :

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il attendait là, immobile comme une sentinelle à son

Monte-Christo passa la tête par la portière, échangea a?ec lui quelques paroles à voix basse, et l'intendant disparut.

— - M. le comte, dit Emmanuel en arrivant à la hauteur de la place Royale, faites-moi jeter, je vous prie, à ma porte, afin que ma femme ne puisse avoir un seul moment d'inquiétude ni pour vous ni pour moi.

— S'il n'était ridicule d'aller faire montre de son triomphe, dit Morrel, j'inviterais M. le comte à entrer chez nous ; mais M. le comte aussi a sans doute des cœurs tremblants à rassurer. Mous voici arrivés, Emmanuel, saluons notre ami , et laissons-le continuer son chemin.

-- Un moment, dit Monte-Christo, ne me privez pas ainsi d'un seul coup de mes deux compagnons; rentrez auprès de votre charmante femme, à laquelle je vous charge de présenter tous mes compliments, et accompagnez -moi jusqu'aux Champs-Elysées, Morrel.

— A merveille, dit Maxim ilien ; d'autant plus que j'ai affaire dans votre quartier, comte.

~T'attendra-t-on pour déjeuner? demanda Emmanuel.

— Non, dit le jeune homme.

La portière se referma , la voiture continua sa route.

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