‹ Le Comte De Monte-Christo Par Alexandre DumasChapitre 19 sur 35 · LB SUICIDE · texte numérisé non relu

LB SUICIDE

— Voyez comme je vous ai porté bonheur ! dit Morrel lorsqu'il fut seul avec le comte. N'y avez-vous pas pensé?

— Si fait , dit Monte^Christo , voilà pourquoi je voudrais toujours vous tenir près de moi.

— C'est miraculeux ! continua Morrel répondant à sa propre pensée.

~ Quoi donc? dit Monte-Christo.

— Ce qui vient de se passer.

— Oui, répondit le comte avec un sourire, vous avez dit le mot, Morrel, c'est miraculeux.

~ Car enfin, reprit Morrel, Albert est brave.

— Très-brave, dit Monte-Christo ; je l'ai vu dormir le poignard suspendu sur sa tête.

—Et moi je sais qu'il s'est battu deux fois, et trèsbien battu , dit Morrel ; conciliez donc cela avec sa conduite de ce matin.

— Votre influence toujours , reprit en souriant Monte-Christo. .

— C'est heureux pour Albert qu'il ne soit point soldât, dit Morrel.

— Pourquoi cela ?

~- Des excuses sur le terrain ! fit le jeune capitaine en secouant la tête.

—Allons, dit le comte avec douceur, n'allez-vous point tomber dans les préjugés des hommes ordinaires, Morrel ? Ne conviendrez-vous pas que puisque Albert est brave, il ne peut être lâche ; qu'il faut qu'il ait eu quelque raison d'agir comme il Fa fait 7. 16

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ce matin, et que, partant, sa conduite est plutôt héroïque qu'autre chose?

— Sans doute, sans doute, répondit Morrel ; mais je dirai comme l'Espagnol : m II a été moins brave aujourd'hui qu'hier. »

~ Vous déjeunez avec moi, n'est-ce pas, Morrel ? dit le comte , pour couper court à la conversation.

— Non pas, je vous quitte à dix heures.

— Votre rendez-vous était donc pour déjeuner? Morrel sourit et secoua la tète.

— Mais enfin faut-il toujours que tous déjeuniez quelque part.

-^ Cependant si je n'ai pas faim ? dit le jeune homme.

— Oh ! fit le comte, je ne connais que deux sentiments qui coupent ainsi l'appétit : la douleur (et comme heureusement je vous vois très-gai , ce n'est point cela) et l'amour. Or, d'après ce que vous m'avez dit à propos de votre cœur, il m'est permis de croire...

—Ma foi ! comte, répliqua gaiement Morrel, je ne dis pas non.

— Et volis ne me contez pas cela, Maximilien? reprit le comle d'un ton si .vif, que l'on voyait tout l'intérêt qu'il eût pris à connaître ce secret.

— Je vous ai montré ce matin que j'avais un cœur, n'est-ce pas, comte?

Pour toute réponse, Monte*Christo tendit la main au jeune homme.

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—Eh bien ! continua celui-ci, depuis que ce cœur n'est plus a?ec vous au bois de Yincennes , il est autre part où je vais le retrouver.

— Allez, dit lentement le comte, allez, cher ami ; mais par grâce, si vous éprouviez quelque obstacle, rappelez - vous que j'ai quelque pouvoir en ce monde, que je suis heureux d'employer ce pouvoir au profit des gens que j'aime , et que je vous aime , vous, Morrei.

— Bien, dit le jeune homme, je m'en souviendrai comme les enfants égoïstes se souviennent de leurs parents quand ils ont besoin d'eux. Quand j'aurai besoin de vous, et peut-être ce moment viendra-t-il, je m'adresserai à vous, comte.

~ Bien, je retiens votre parole. Adieu donc.

— Au revoir.

On était arrivé à la porte de la maison des Champs-Elysées. Monte-Christo ouvrit la portière , Morrei sauta sur le pavé, Bertuccio attendait sur le perron.

Morrei disparut par l'avenue de Mariguy, et Monte-Christo marcha vivement au-devant de Bertuccio.

-— £h bien? demanda-t-il.

— £h bien ! répondit l'intendant , elle va quitter sa maison.

— Et son fils?

-^ Florentin, son valet de chambre , pense qu'il en va faire autant.

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— ■ Venez.

Monte-Christo emmena Bertuccio dans son cabinet, écrivit la lettre que nous ayons vue, et la remit à rintendant.

— Allez, dit-il, et faites diligence... A propos, faites prévenir Haydée que je suis rentré.

— Me voilà , dit la jeune fllle , qui , au bruit de la voiture , était déjà descendue , et dont le visage rayonnait de joie, en revoyant le comte sain et sauf.

Bertuccio sortit.

Tous les transports d'une 611e revoyant un père chéri , tous les délires d'une maltresse revoyant un amant adoré, Haydée les éprouva pendant les premiers instants de ce retour attendu par elle avec tant d'impatience.

Certes , pour être moins expansive , la joie de Monte-Christo n'était pas moins grande ; la joie, pour les cœurs qui ont longtemps souffert, est pareille à la rosée pour les terres desséchées par le soleil ; cœur et terre absorbent cette pluie bienfaisante qui tombe sur eux , et rien n'en apparaît au dehors.

Depuis quelques jours Monte-Cbristo comprenait une chose que depuis longtemps il n'osait plus croire, c'est qu'il y avait deux Mercedes au monde, c'est qu'il pouvait encore être heureux.

Son œil «nrdent de bonheur se plongeait avidement dans les regards humides d'Haydée, quand tout à coup la porte s'ouvrit.

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