‹ Le comte de Montecristo (volume 2)Chapitre 18 sur 31 · MADAME I>£ SAINT-MERAN · texte numérisé non relu

MADAME I>£ SAINT-MERAN

Hamlet, le bruit des choses les plus profondément enfoncées sort de terre, et, comme les feux du phosphore, court follement dans Tair ; mais ce sont des flammes qui éclairent un moment pour égarer. L'histoire aura été racontée par le Corse à quelque prêtre, qui Faura racontée h son tour. M. de Montecristo l'aura sue, etpours'éclaircir... Mais à quoi bon s'éelaircir ? » reprenait Villefort aprèsun instantde réflexion ; «quel intérêt M. dcMontccristo, M. Zaccone, fils d'un armateur de Malte, exploitateur d'une mine d'argent en Thessalie, Tenant pour la première fois en France, a-t-il de s'éelaircir d'un fait sombre, mystérieux et inutile comme celui-là ? Au milieu des renseignements incohérents qui m'ont été donnés' par cet abbé Busoni et par ce lord Wilmorc, par cet «rai et par cet ennemi, une seule chose ressort claire, précise, patente à mes yeux : c'est que dans aucun temps, dans aucun cas, dans aucune circonstance, il ne peut y avoir eu le moindre contact entre moi et lui. »

Mais Villefort se disait ces paroles sans croire lui-même & ce qu'il disait. Le plus terrible pour lui n'était pas encore la révélation, car il pouvait nier, ou même répondrç; il s'inquiétait peu de ce Manè, Thecel, Phares, qui apparaissait tout à coup en lettres de sang sur la muraille ; mais ee qui l'inquiétait, c'était de connaître le corps auquel appartenait l|i main qui les avait tracés.

Au moment où il essayait de se rassurer lui-même, et où, au lieu de cet avenir politique que dans ses rêves d'ambition il avait entrevu quelquefois, il se composait, dans la crainte d'éveiller cet ennemi endormi depuis si longtemps, un ave-r nir restreint aux joies du foyer, un bruit de voiture retentit dans la cour, puis il entendit dans son escalier la marche d'une personne âgée, puis des sanglots et des hélas ! comme les domestiques en trouvent lorsqu'ils veulent devenir intéressants par la douleur de leurs maîtres.

Il se hâta de tirer le verrou de son cabinet , et bientôt , sans être annoncée, une vieille dame entra, son châle sur

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le bras et son chapeau à la main. Ses cheveux blanchis dëcouTraient un front mat comme Tivoire jauni, et ses yeux, à Tangle desquels Tàge avait creusé des rides profondes, disparaissaient presque sous le gonflement des pleurs. « Oh ! monsieur, » dit-elle, » oh! monsieur, quel malheur! moi aussi j'en mourrai ; oh ! oui , bien certainement j'en mourrai ! » Et, tombant sur le fauteuil le plus proche de la porte^ elle éclata en sanglots.

Les domestiques, debout sur le seuil, et n'osant aller plus loin, regardaient le vieux serviteur de Noirtier , qui , ayant entendu ce bruit de la chambre de son maître, était accouru aussi, et se tenait derrière les autres.

Yillefort se leva, et courut à sa belle-mère, car c'était elle* même. « Eh! mon Dieu, madame, » demanda-t-il, <f que s'est-il passé? qui vous bouleverse ainsi? et M. de Saint- Méran ne vous accompagne-t-il pas? — M. de Saint-Méran est mort, » dit la vieille iparquise, sans préambule, sans expression, et avec une sorte de stupeur. Villefort recula d'un pas, et frappa ses mains l'une contre l'autre, u — Mort !... » balbutia-t'il , » mort ainsi... subitement? — H y a huit jours , » continua madame de Saint-Méran , » nous montâmes ensemble en voiture après dincr. M. de Saint-Méran était souffrant depuis quelques jours ; cependant l'idée de revoir notre chère Valentine le rendait courageux, et, malgré ses douleurs, il avait voulu partir , lorsque , h six lieues de Marseille, il fut pris, après avoir mangé ses pastilles ha^ bitueiles, d'un sommeil si profond, qu'il ne me semblait pas naturel; cependant j'hésitais à le réveiller, quand il me sembla que son visage rougissait et que les veines de ses tempes battaient plus violemment que d'habitude. Mais cependant, comme la nuit était venue et que je ne voyais plus rien , je le laissai dormir ; bientôt il poussa un cri sourd et déchirant comme celui d'un homme qui souffre en rêve , et renversa d'un brusque mouvement sa tète en arrière. J'appelai le valet de chambre , je fis arrêter le postillon , j'appelai M« de

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