‹ Le comte de MontecristoChapitre 36 sur 52 · LE JUGE. «S · texte numérisé non relu

LE JUGE. «S

gard impérieux, >< allez jouer au salou , mon ami, il but que je parle h votre mère. »

Madame de Villefort, voyant cette froide contenance, ce toD rësolu, ces apprêts préliminaires, étranges, tressaillit. Edouard avait levé la tête, avait regardé sa mère, puis, voyant qu'elle ne confirmait point l'ordre de M, de Villefort, il s'était remis k couper la tétc k ses soldats de plomb. ■ Edouard ! » cria M. de Villefort si durement que l'enfant bondit sur le tapis, " m'entendez-vous? allez! » L'enfant, à qui ce traitement était peu habituel , se releva debout et pàlil; il eût été difficile de dire si c'était de colère ou de peur. Son père alla à lui, le prit par le bras, et le baisa au front. Il Va, » dit-il, " mon enfant, va ! >• Edouard sortit. M. de Villefort alla i la porte et la ferma derrière lui au verrou.

« Oh ! mon Dieu ! » fit la jeune femme en regardant soa mari jusqu'au fond de l'âme, et en ébauchant un sourire que glaça l'impassibilité de Villefort, " qu'y a-t-il donc? — Madame, où mettez- vous le poison dont vous vous servez d'habitude? i< articula nettement et sans préambule le magistrat placé entre sa femme et la porte.

Madame de Villefort éprouva ce que doit éprouver l'alouette lorsqu'elle voit le milan resserrer au-dessus de sa tête ses cercles meurtriers. Un son rauque, brisé, qui n'était ni un cri ni un soupir, s'échappa de la poitrine de madame de Villefort, qui pàlitjusqu'à la lividité, u Monsieur, » dit-elle, «je... je ne comprends pas. >i Et comme elle s'était soulevée dans un paroxysme de terreur, dans un second paroxysme plus fort sans doute que le premier, elle se laissa retomber sur les coussins du sofa.

« Je vous demandais, « continua Villefort d'une voix parfaitement calme, n en quel endroit vous cachiez le poison k l'aide duquel vous avez tué mon beau-père M. de SaÎDt- Méran, ma belle-mère, Barrois etmafille Valentine? — Ah! monsieur, i> s'écria madame de Villefort en joignant les

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nuint, M que dites-vous? — Ce n'est point à tous de to'mlerroger, mais de répondre. — Est-ce au ji^ ou bu mari ? ■ balbutia madame de Villd'ort. « — Au juge, madame, au juge! " C'était un spectacle effrayant que la pâleur de cette femme, l'angoisse de sou regard, le tremblement de tout MO corps. « — Ah! monsieur! ■ murmura-t-elle, ..ah! inonfiieur!.w»Btcefut lout. » — Vous ne répondez pas, madame ! « s'écria le terrible interrogateur. Puis il ajouta avec un sourire plus effrayant encore que sa colère : « Il est vrai que vous ne niez pns ! i Elle fit un mourement. a Et vsus ne pourriez nier , » ajouta Vîllefort en étendant la main vers elle comme pour la saisir au nom de la justice ; >> vous avez accompli ces différents crimes avec une impudente adresse, mais qui cependant ne pouvait tromper que les gens disposés par leur afTcctîon à s'aveugler sur votre compte. Dès la mort de moderne de Saint-Méran, j'ai su qu'il eiislait nn empoisonneur dans ma maison, M. d'Avrigny m'en avait provenu ; après la mort de Barrois, Dieu me pardonne ! mes soupçons se sont portés sur quelqu'un, sur un ange ! mes soupçons qui, même là oA il n'y a pas de crime, veillent sans cesse allumés au fond de mon cœur ; mais après la mort de Valentine il n'y a plus eu de doute pour moi, madame, et non-seulement pour moi, mais encore pour d'autres; ainsi votre crime, connu de deux personnes maintenant, soupçonné par plusieurs, va devenir publie i et, comme je vous le disais tout h l'heure, madame, ee n'est plus un mari qui vous parte, c'est un juge! » La jeune femme cacha son visage dans ses deux mains. » — Oh ! monsieur, > balbutîa-t-elle, » je vous en supplie, ne croyez pas les apparences! — Seriez-vous lâche? <> s'écria Villefort d'une voit méprisante, a En effet, j'ai toujours remorqué que les empoisonneurs étaient lâches. Seriez-vous lâche, vous qui avez eu l'affreux courage de voir expirer devant vous deux vieillards et une jeune fille assassinés par vous? ■ — Honsieur ! monùeur t — - Seriei-rous lâche, i> continua

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ViHcfort avec une exalUtion croissante, « tous qui vnt compté une à une les minutes de quatre agonies? vous ^tii avu combiné vos plans inferaaux et remue vos breuvages inrâmea avec une habileté et une précision si miraculeuses? Vous qui avez si bien calculé tout, auriez-vous donc ouliliij de calculer une seule chose, c'est-à-dire où pouvait vous mener la révélation de vos crimes? Ohl c'est tnip«88ible, cela, et vous avez gardé quelque poison plus doux, plus subtil et plus meurtrier que les autres pour échapper au . châtiment qui vous était du... Vous avez fait cela, je l'espère du moins, h Madame de Villefort tordit ses mains et tomba k genoux. « Je sais bien... je sais bien, » dit-il, •1 vous avouez ; mais l'aveu fait Ji des juges, l'aveu fait au dernier moment, l'aveu fait quand on ne peut plus nier, cet aveu ne diminue en rien le châtiment qu'ils infligent au coupable ! — Le châtiment ! » s'écria madame de VilWort, ■ le chitimenl, monsieur ! Voilfi deux fois que vous prononeei ce mot I — Sans doute. Est-ce parce que vous étiee quatre fois coupable que vous avez cru y échapper? ËsUce parce que vous êtes la femme de celui qui requiert ce châtiment, que vous avei oru que ce châtiment s'écarterait? Ntm I madame, non! Quelle qu'elle soit, l'échafaud attend l'empoisonneuse, si surtout, comme je vous le disais tout à l'heure, l'empoisonneuse n'a pas eu le soin de conserver pour elle quelques gouttes de son plus sûr poison. •• Madame de Villefort poussa un cri sauvage, et la terreur hideuse et indomptable envahit ses traits décomposés. •■ Oh I ne craignez pas l'échafaud, madame, » dit le magistrat, ■ je ne veux pas vous déshonorer, car ce serait me déshonorer moi-même; non, oucoalraire, si vous m'avez bien entendu,. TOUS devez comprendre que vous ne pouvez mourir sur un ëdiafaud. — Non , je Ji'ai pas compris ; que voulez-vous dire? H bdbutia la malheureuse femme complètement aUcrrée. H — Je veux dire que la femme du premier magistrat de la o^Ude xna chai^nra pas de son infamie un nom de-

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menré sans tache, et ne déshonorera pas du même coup eoq mari et son enfant. — Non ! oh I non ! — Eh bien ! madame, ce sera une bonne action de votre part, et de cette bonne action je vous remercie. — Vous me remerciez, eh ! de quoi?— De ce cjue vous venez de dire. — - Qu'si-je dit? j'ai la tète perdue ; je ne comprends plus rien, mon Dieu t mon Dieu ! « Et elle se leva les cheveux épars, les lèvres écumantes. « — Vous avez répondu, madame, h celle question que je vous fis en entrant ici : » Où est le poison dont u vous vous servez d'hahitude, madame ? i>

Madame de Villefort leva les bras au ciel el frappa convulsivement ses mains l'une contre l'autre. « Non , non , i> vociféra -t- elle ; « non, vous ne vouiez point cela . — Ce que je ne veux pas, madame, c'est que vous périssiez sur un fehafauâ, entendez-vous? " répondit Yilleforl. ■> — Oh! monsieur, grâce ! — Ce que je veux , c'est que justice soit faite. Je suis sur la terre pour punir, madame , » ajouta-t-il avec un regard flamboyant ; " à toute autre femme, fût-ce à une reine, j'enverrais le bourreau ; mais à vous je serai miséricordieux. A vous je dis i » N'est-ce pas , madame , que ■ vous avez conservé quelques gouttes de votre poison le > plus doux, le plus prompt et ie plus sûr ?» — Oh ! pardonnez-moi, monsieur ; laissez-moi vivre ! — Elle était lâche, n dit Villefort. « — Songez que je suis votre femme ! — Vous êtes une empoisonneuse! — Au nom du ciel!... — Non! — Au nom de l'amour que vous avez eu pour moi!... — Non ! non ! ^ Au nom de notre enfant ! Ah ! pour notre enfant, laissez-moi vivre ! — Non ! non ! non ! vous dis-je ; nn jour, si je vous laissais vivre, vous le tueriez peut-être aussi comme les autres. — - Moi, moi tuer mon fils! » s'écria cette mère sauvage en s'étançant vers Villefort; u moi tuer mon Edouard!... Ah! ah! ah! >< £t un rire affreux, un rire de démon, un rire de folle acheva la phrase et se perdit dans on rflle sanglant.

Uedame de Villefort était tombée aux pieds de son mari.

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Villefort s'approcha d'elle. « — Songez-y, madame, <■ ditril-, « si à mon retour justice n'est pas faite, je vous dénonce de ma propre bouche et je tous arrête de mes propres mains. » £lle écoutait pantelante, abattue, écrasée ; son œil seul vivait en elle et couvait un feu terrible. « Vous m'entendez? » dit Villefort ; " je vais là-bas requérir la peine de mort contre un assassin... Si je vous retrouve vivante, vous coucherez ce soir à la Conciergerie. » Madame de Villcrort poussa un soupir, ses netts se détendirent, elle s'affaissa brisée sur le tapis.

Le procureur du roi parut éprouver un mouvement de pitié, il la regarda moins sévèrement, et s'inciinaat devant elle : «Adieu, madame, » dit-il lentement, u adieu. » Cet adieu tomba comme le couteau mortel sur madame de Villefort. Elle s'évanouit.

Le procureur du roi sortit, et, en sortant, ferma la porte h double tour.

L'affaire Benedetto , comme on disait alors au palais et dans le monde , avait produit une énorme sensation. Habitué du Café de Paris , du boulevard de Gand et du bois de Boulogne, le faux Cavalcanti, pendant qu'il était resté à Paris et pendant les deux ou trois mois qu'avait duré ae splen- Li coHTi Di noanctuTo. t. 30

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deur, avait Toit une foule de connsissonccs. Les joarnaiiK avaient raconté les dÎTerses stations du prévenu dans sa vie dégante et dans sa vie du bagne ; il en résultait la plus vive curiosité chez ceux-là surtout qui avaient personndtemeut connu le prince Andréa Cavslainti; aussi ceux-là surtout élaient-ils décidés à tout risquer pour aller voir sur le banc des accusés M. Benedetto , l'assassin de son camarade de chaîne. Pour beaucoup de gens, Beiiedetto était, sinon ooe victime, du moins une erreur de la justice ; on ayait vu M. Cavalcanti père à Paris , et l'on s'attendait à le voir de nouveau apparaître pour réclamer son illustre rejelon. Bon nombre de personnes , qui n'avaient jamais entendu parler de la fameuse Polonaise avec laquelle li avait débarqué chez le comte de Hontecristo , s'étaient senties fraïqiées de l'air digne , de la gentilhommerie et de la soi^tce du monde qu'avait montrés le vieux patricien, lequel, il faut le dire, semblait un seigneur parfait toutes les fois qu'il ne pariait point et ne faisait point d'arithmétique. Quant k l'accusé luimême, beaucoup de gens se rappelaient l'avoir vu si aimable, si beau , si prodigue, qu'ils aimaient mieux ivoire à quelque machination de la part d'un ennemi comme on en trouve en ce monde , où les grandes fortunes élèvent les moyens de faire le mal et le bien k la hauteur du merveilleux et à la puissance de l'inouï. Chacun accourut doue à la séance de la cour d'assises, les uns pour savourer le spectacle, les autres pour le commenter. Dès sept heures du matin on faisait queue à la grille, et une heure avant l'ouverture de In séance la salle était déjà pleine de privilégiés.

Avant l'entrée de la cour et même souvent après, une salle d'audience, les jours de grands procès , ressemble fort à un salon où beaucoup de gens se reconnaissent, s'abordent quand ils sont assez près les uns des autres pour ne pas pttdre leurs places, se font des signes quand ils sont séparée par 1 trop grand nombre de populaire, d'avocate etdegea-

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Il Taisait une de ces magnifiques journëes d'automne qui nous dédommagent parfois d'un été absent ou écourté; les nuages que M. de Villefort avait vus le matin rayer le soleil levant s'étaient dissipés comme par magie, et laissaient luira dans toute sa pureté un des derniers, uq des plus doux jours de septonbre.

Beanchamp , ud des rois de la presse, et par conséquent Ayaot son trAne partout , lorgnait h droite et i gauche. It aperçut Château-Renaud et Debrayqui venaient de gagner les bonnes grâces d'un sergent de ville, et qui l'avaient décidé À se mettre derrière eux au lieu de les masquer, comme c'était son droit. Le digne agent avait Qairé le secrétaire du ffiioistre et le millionnaire ; il se montra plein d'égards pour ses nobles voisins et leur permit même d'aller rendre visite h Beaucbamp en leur promettant de leur garder leurs places. » Eh bien ! » dh Beauchamp , » nous venons donc voir notre ami? — EU! mon Dieu! oui ! » répondit Debray, « ce digne prince ! Que le diable soit des princes italiens, va ! — Un homme qui avait eu Dante pour généalt^isto, et qui remontait à la Divine Comédie! — Noblesse de corde, » dit flegmatiquement ChÂteau-Renaud. •> ~ Il sera condamné, n'est^^e pas? » demanda Debray k Beaucbamp. « — Eh ! mon t^or, >• répondit le journaliste, ■ c'est à vous, ce me semble, qu'il faut demander cela : vous coanaissex mieux que nousautres l'air du bureau ; avez-vous vu le président à la dernière soirée de votre ministre? — Oui.

— Que vous a-t-il dit? — Une chose qui va vous étonner.

— Ah ! parlez donc vile, alors, cher ami ; il y a si longtemps qu'on ne me dit plus rien de ce genre-lâ. — Eh bien I il m'a dit que Benedetto, qu'on regarde comme un phénix de subtilité, comme un géant d'astuce , n'est qu'un filou trèssubalterne, très-niais, et tout à fait indigne des expériences qu'on fera après sa mort sur ses organes phrénologiques. — Bah '■ » fit Beaucbamp ; h il jouait cependant très-passablement le prince. — Pour vous, Beaucbamp, qui les détestez,

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ces malheureux princes, et qui êtes enchanté de leur trouver de mauveises façons ; mais pas pour moi, qui flaire d'instinct le gentilhomme, et qui relève une famille aristocratique, queDe qu'elle soit, en vrai limier du blason. — Ainsi vous n'avez jamais cru à sa principauté? ~- A sa principauté? si... h son principal? non. — Pas mal, n dit Beauchamp ; " je vous assure cependant que pour tout autre que vous il pouvait passer. Je l'ai vu chez les ministres. — Ah ! oui, i> dit Château -Renaui] ; « avec cela que vos ministres se connaissent en princes ! — Il y a du bon dans ce que vous venez de dire, Château-Benaud, >> répondit Beauchamp en éclatant de rire; u la phrase est courte, mais agréable. Je vous demande la permission d'en user dans mon compte rendu. — Prenez, mon cher M. Beauchnrap, v dît Château- Renaud, « prenez ; je vous donne ma phrase pour ce qu'elle vaut. — Hais, » dit Debraj à Beauchamp, u si j'ai parlé au président, vous avez dû parler au procureur du roi , vous?

— Impossible ; depuis huit jours M. de Viliefort se cèle ; c'est tout naturel : cette suite étrange de chagrins domestiques couronnée par la mort non moins étrange de sa fille...

— la mort étrange! que dites-vous donc là , Beauchamp?

— Ah ! oui , faites donc l'ignorant , sous prétexte que tout cela se passe chez de la noblesse de robe, " dit Beouchanipen appliquant son lorgnon à sou œil et en le forçant de tenir tout seul. <[ — Mon cher monsieur, » dit Château -Renaud , u permettez-moi de vous dire que pour le lorgnon vous n'êtes pas de la force de Debray. Debray, donnez donc une leçon h M. Beauchamp. — Tiens , " dit Beauchamp, « je ne me trompe pas. — Quoi donc? — C'est elle. — Qui , elle?

— On la disait partie. — Mademoiselle Eugénie?» demanda Château-Renaud, <• serait-elle déjà revenue? — Non , mais sa mère. — Madame Danglars? Allons donc, ■ fit Chiteau- Renaud, «impossible; dix jours après la fuite de sa fille, trois jours après la banqueroute de son mari ! •• Debray rougit légèrement et suivit la direction du regard de Beauchamp.

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u — Allons donc! » dit-il , « c'est une femme voïlëe , une dame inconnue, quelque princesse étraDgèrc, k mère du prince Cavalcanti peut-être. Mats toub disiez ou plutôt tous alliez dire des choses fort ïntëressautes , fieaucbamp , ce me semble. — Moi? — Oui. Vous parliez de la mort étrange de Valentine. — Ab ! oui , c'est vrai ; mais pourquoi donc madame de Villefort n'esl-elle pas ici? — Pauvre clière femme ! •• dit Debray, « elle est sans doute occupée h distiller de l'eau de mélisse pour les hôpitaux, et k composer des cosmétiques pour elle et pour ses amies. Vous savez qu'elle dépense k cet amusement deux ou trois mille écus par an, à ce que l'on assure. Au fait , vous avez raison , pourquoi n'est-elle pas ici madame de Villefort ? Je l'aurais vue avec grand plaisir, j'aime beaucoup cette femme. — Et moi, » dit Cbàteau-Renaud , <• je la déteste. — Pourquoi? — Je n'en Bais rien. Pourquoi aime-t-on ? pourquoi déteste-t-on7 Je la déteste par antipatbie. — Ou par instinct toujours. — Peut-être. . . Mais revenons k ce que vous disiez, Beaucbamp. — Ëb bien! » reprit Beaucbamp, <> n'étes-vous pas curieux de savoir, inessieurs, pourquoi l'on meurt si dru dans la maison VtUefort? — Dru est joli, « dît Châleau-Renaud. •> — Mon cher, le mot se trouve dans Saint-Simon. — Mais la cbose se trouve chez M. de Villefort, revenons-y donc. — Ma foi ! '• dit Debray, u j'avoue que je ne perds pas de vue celte maison tendue de deuil depuis trois mois, el avant-hier encore, à propos de la mort de Valentine, madame *** m'en parlait. — Qu'est-ce que madame ***? » demanda Chàleau- Itenaud. u — La femme du ministre, pardieu ! — Ah ! pardon, H fit Château -Renaud, " je ne vais pas chez les ministres , moi , je laisse cela aux princes. — Vous n'étiez que beau, vous devenez flamboyant, baron; prenez pilié de nous, ou vous allez nous brûler comme un autre Jupiter. — Je ne dirai plus Hen, » dit Château-Renaud ; « mais que diable, ayez pitié de moi , ne me donnez pas la réplique. — Voyons, Ukchons d'arriver ou bout de notre dialogue , Beau-

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ehsmp ; je vous disais dooe que madime *** me demandait ÉTaot-hier des renseignenteots li-demiu ; iDStruisn-moi , jo l'instruirai. — Eh bien! messieurs, si l'on meurt si dru, je maintiens le mot, dans la maison Villefort, e'eM qu'il y a un assassin dans la maison. ■ Les deux jeunes gms tressaillirent, car ddjJt plus d'une fois la même idée leur ^tait Tenue.

■ — Et tjael est cet assassin? n demaodèrent-ils ensemble.

■ — Le jeune Edouard. ■Un éclat de rire des deux auditeurs ne déconcerta ancunement l'orateur, qui continua f — Oui, messieurs , le jeune Edouard , enfant phénoménal , qui tue déjii comme père et m^. — C'est nneplaisantme? — Pas du tout; j'ai pris hier un domcitique qui tort de chez M. de Villerorl ; écoutn bien ceci. — Noua écoutons, — Et que je vais renvoyer demain , parce qu'il mange énormément pour se remettre du jeune de terreur qu'il s'imposait U-bas. Eh bien! il parait que ce cher enfant a mis la main sur quelque flacon de drogu& dont il use de temps en temps contre ceux qui lui déplaisent. D'abord ce iut bon papa et bonne maman de Saint-Méren qui lui déplurent, et il leur a versé trois gouttes de son élixir : trois gouttes suffisent; puis ce fut le brave Barroig, vieux serviteur de bon papa Noirtier, lequel rudoyait de temps en temps l'aimable eapi^Ic que vous connaissez : l'aimable espiègle lui a versé trois gouttes de son élixir ; ainsi fut fait de la pauvre Valentine, qui ne le rudoyait pas, elle, mais dont il était jaloux : il lui a versé trois gouttes de son élixir, et pour elle comme pour les autres tout a été fini. — Mais quel diable de conte nous faitesvous là?" dit Chiteau-Renaud. • — Oui, » dit Beauchamp, o un conte de l'autre monde, n'est-ce pas?— C'est absurde, ■ dit Debray. ■ — > Ah ! » reprit Beauchamp, « voili déjà que TOUS cherchez des moyens dilatoires! Que diable, demandez k mon domestique, ou plutôt à celui qui demain ne sera plus mon domestique : c'était le bruit de la maison. — Hais cet élixir, où esUl? quel est-il? — Dame ! l'enfont le cache. — Où l'at-il pris? — Dans le laboratoire de madame sa

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LES ASSISES. 93t

mire. — Sa mère a donc des poirnis dans son laboratoire?

— Esl-«e que je sais, moi ? Vous venex me faire là des queitions de procureur du roi. Je répète ce qu'on m'a dit, voilà tout ; je vous cite mon auteur : je ne puis faire darantsge. Le pauvre diable ne mangeait plus d'épouvante. — C'est in* croyable! — Mais non, mon cher, ce n'est pas incroyable du tout : vous avez vu l'an passé cet enfant de la rue Hichelieu qui s'amusait k tuer ses frères et ses sœurs en leur enfonçant une épingle dans l'oreille tandis qu'ils dormaient. La génération qui nous suit est très-précoce, mon cher! — Mon eber, » dit Cbâieau- Renaud , " je parie que vous ne croyez pas un seul mot de ce que vous nous contez là?... Mais je ne vois pas le comte de Montecristo; comment donc n'est-il pas ici ? — Il est blasé , lui , » fît Debray ; « et puis il ne voudra point paraître devant tant de monde , lui qui a été la dupe de tous les Çavalcanti, lesquels sont venus à lui, à ce qu'il parait, avec de fausses lettres de créance , de sorte qu'il en est pour une centaine de mille francs hypothéqués sur la principauté. — A propos, M. de Cbâteau-lteDaud, i. demanda Beauchamp, « comment se porte Morrel? — Ma foi, H dit le gentilhomme , u voici trois fois que Je vais chez lui, et paa plue de Morrel que sur la main. Cependant sa «Bur ne m'a point paru inquiète, et elle m'a dit avec un fort bon visage qu'elle ne l'avait pas vu non plus depuis deux ou trois jours, maïs qu'dle était certaine qu'il se portait bien.

— Ab ! j'y pense ! le comte de Montecristo ne peut venir dans la salle! » dit Beauchamp. u — Pourquoi cela? — Parce qu'il est acteur dans le drame. — Est-ce qu'il a aussi assassiné quelqu'un? o demanda Debray. i — Mois non , c'est lui, eu contraire, qu'on a voulu assassiner. Vous savez bien que c'est en sortant de chez lui que ce bon M. de Caderousse a été assassiné par son petit ami Beuedetto. Vous savez bien que c'est chez lui qu'on a retrouvé ce fameux gilet dans lequel était la lettre qui est venue déranger la signature du contrat. Voyez-vous le fameux gilet? il est là tout

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33ft LB COMTE DE HONTËCRISTO.

sanglant sur le bureau, comme pièce de convictioD. — Ah ! fort bien!— Chut ! messieurs, voici la cour; b nos pinces ! >> En effet, un grand bruit se 6t entendre dans le prétoire ; le sergent de ville appela ses deux protèges par un h«m ! ^nei^ique, et l'huissier , paraissant au seuil de la salle des délibérations, cria de celte voix glapissante que tes huissiers avaient déjà du temps de Beaumarchais : u La cour , messieurs 1 »

s D ACCDSATION.

Les juges prirent séance au milieu du plus profond silence; les jurés s'assirent à leur place; M. de Villefort, objet de l'attention, et nous dirons presque de l'admiration générale, se plaça couvert dans son fauteuil, promenant un regard tranquille autour de lui.

Chacun regardait avec étonnemcnt cette figure grave et sévère, sur l'impassibilité de laquelle les douleurs personnelles semblaient n'avoir aucune prise, et l'on regardait avec une espèce de terreur cet homme étranger aux émotions de l'humanité.

11 Gendarmes ! ■■ dit le président, n amenez l'accasé. ■> A ces mots, l'attention du public devint plus active, et tous les yeux se fixèrent sur la porte par laquelle Benedetto devait entrer. Bientôt cette porte s'ouvrit et l'accusé parut.

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