‹ Le comte de MontecristoChapitre 40 sur 52 · LA MAISON DES ALLEES DE HEILLAN · texte numérisé non relu

LA MAISON DES ALLEES DE HEILLAN

que bien, c'est à leurs conseils que je le deis.. Consultez la voix de votre cœur, Horrel, et demandez-lui si vous devez continuer de me faire ce méchant visage. — Mon ami, <i dît Haximilien, » la voix de mon cœur est bien triste et ne me promet que des malheurs. — C'est le propre des esprits af- Taiblis de voir toutes choses à travers un crêpe ; c'est l'âme qui se fait k eile-raéme ses horizons : votre âme est sombre, c'est elle qui vous fait un ciel orageux. — Cela est peutêtre vrai, )< dit Masimilien. Et il retomba dans sa rêverie.

Le voyage se fit avec cette merveilleuse rapidité, qui était une des puissances du comte : les villes passaient comme des pmbres sur leur route; les arbres, secoués parles premiers vents de l'automne, semblaient venir au-devant d'eux comme des géants échevelés, et s'enfuyaient rapidement dès qu'ils les avaient rejoints. Le lendemain, dans la matinée, ils arrivèrent à Châloos , où les attendait le bateau à vapeur du comte ; sans perdre un instant, la voiture fut transportée à bord ; les deux voyageurs étaient déjà embarqués.

Le bateau était taillé pour la course , on eût dit uae pirogue indienne ; ses deux roues semblaient deux ailes avec lesquelles il rasait l'eau comme un oiseau voyageur; Morrel lui-même éprouvait cette espèce d'enivrement de la vitesse, et parfois le vent qui faisait flotter ses cheveux semblait prêt pour un moment fa écarEer les nuages de son front.

Quant au comte, k mesure qu'il s'éloignait de Paris, une sérénité presque surhumaine semblait l'envelopper comme une auréole. On eût dit d'un exilé qui regagne sa patrie.

BientAt Marseille , blanche , tiède, vivante ; Marseille , la sœur eaâtAte de Tyr et de Carthage , et qui leur a succédé k l'empire de la Méditerranée; Marseille, toujours plus jeune k mesure qu'Ole vieillit, apparut à leurs yeux. C'étaient pour tous deux des aspects féconds en souvenirs que cette tour roade, ce fort Saint-Nicolas, cet hôtel de ville du

MB LE COMTE DE HOHTECRISTO.

Puget, ce port aux quais de briques où tous deux avaient

joué enfants.

Aussi d'un commun accord s'airétèrent-ils tous deux sur la Cannebière.

Un navire partait pour Alger ; les colis, les passagers entassés sur le pont, la foule des parents, des amis qui disaient adieu , qui criaient et pleuraient, spectacle toujonra émouvant, même pour ceux qui assistent tous les jours à ce spectacle, ce mouvement ne put distraire Haximilien d'une idée qui l'avait saisi du moment où il avait posé le pied sur les larges dalles du quai.

•I Tenez, » dit-il en pressant le braa de Hootecristo, •< Toici l'endroit où s'arrêta mon père quand k Pharaon entra dans le port; ici le brave homme que vous sauvies de la mort et du désbooneur se jeU dans mes braS ; je sens encore l'impression de ses larmes sur mon visage, et il ne pleurait pas seul, bien des gens aussi pleuraient en nous voyant. ■ Montecristo sourit. » — J'étais li , i> dit-il en montrant i Horrel l'angle d'une rue.

Gomme il disait cela, et dans la direction qu'indiquait le comte, on entendit un gémissement douloureux, et l'on vit une femme qui faisait signe i un passager du navire eu partance. Cette femme était voilée ; Montecristo la suivit des yeux avec une émotion que Morrel eût facilement remarquée, si, tout au contraire du comte, ses yeux h lui n'eussent été fixés sur le bâtiment. « Oh ! mon Dieu ! » s'écria Horrel , je ne me trompe pas! ce jeune homme qui salue avec son chapeau, ce jeune homme en uniforme, avec une contreépaulette de sous-lieutenant , c'est Albert de Horcerf. — Oui, n dit Montecristo, « je l'avais reconnu. — Comment cela? vous regardiez du cAté opposé. » Le comte sourit, comme il faisait quand il ne voulait pas répondre. Bt ses yeux se reportèrent sur la femme voilée qui disparut an coin de la rue. Alors il se retourna. « — Cher ami , » éit-il h Matîmilien, « n'avez-vous point quelque chose ii faire dans

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