‹ Le comte de MontecristoChapitre 49 sur 52 · LE S OCTOBRE · texte numérisé non relu

LE S OCTOBRE

ir Causons en hommes, « dit-il en regardant fixement le comte. 'I — Parlez ! " répondit celui-ci . « — Comte , ■> reprit Horrel , n vous êtes le résume de toutes les connaissances humaines , et vous me faites l'effet d'être descendu d'un monde plus avancé et plus savant que le nôtre. ~ 11 y a quelque chose de vrai là dedans , Morrel , >• dit le comte avec ce sourire mëlancolique qui le rendait si beau; " je suis descendu d'une planète qu'on appelle la douleur. — Je crois tout ce que vous me dites sans chercher à en approrondir le sens, comte ; et la preuve, c'est que vous m'avez dit de vivre, et que j'ai vécu; c'est que vous m'avez dit d'espérer, et que j'ai presque espéré. J'oserai donc vous dire , comte , comme si vous étiez déjà mort une fois : ■ Comte, cela fait-il •I bien mal? « Montecristo regardait Morrel avec une indéfinissable expression de tendresse. « — Oui , » dit-il ; « oui , sans doute , cela fait bien mal si vous brisez brutalement celte enveloppe mortelle qui demande obstinément h vivre. Si vous faites crier votre chair sous les dents imperceptibles d'un poignard; si vous trouez d'une balle inintelligente , et toujours prête à s'égarer dans sa route, votre cerveau que le moindre choc endolorît , certes , vous souffrirez , et vous quitterez odieusement la vie , la trouvant, au milieu de votre agonie désespérée , meilleure qu'un repos acheté si cher. — Oui , je comprends , " dit Morrel , " la morl comme la vie a ses secrets de douleur et de volupté : le tout est de les connaître. — Justement, Maximilien , et vous venez de dire le grand mot. La mort est , selon le soin que nous prenons de nous mettre bien ou mal avec elle, ou une amie qui nous berce aussi doucement qu'une nourrice, ou une ennemie qui nous arrache violemment l'âme du corps. Un jour, quand notre monde aura vécu encore un millier d'années , quand on se sera rendu mailre de toutes les forces destructives de la nature , pour les faire servir au bien-être général de l'humanité ; quand l'homme saura, comme vous le disiez tout il l'heure, les secrets de la mort, la mort deviendra

.vGooglc

W8 LE COJITE DE M0KTECHI8T0.

aussi douce et aussi voluptueuse que le sommeil goûté aux brasdenotrebien-aioiée.— Et si vous vouliez mourir, comte, vous sauriez mourir ainsi, vous? — Oui.n Morrellui tendît la main.» — Je comprends maintenant, n dit-il, u pourquoi vous m'avez donné rendez-vous ici , duns cette lie isolée , au milieu d'uD ocëan , dans ce palais souterrain , sépulcre à faire envie a un Pharaon : c'est que vous m'aimez , n'est-ce pas , comte? C'est que vous m'aimez assez pour me donner une de ces morts dont vous me parliez tout k l'heure , une mort sans agonie, une mort qui me permette de m'ëteindre en prononçant le nom de Valentine et en vous serrant la main ? — Oui , vous avez deviné juste , Morrel , x dit le comte avea simplicité , » et c'est ainsi que je l'entends. — Merci , l'idée que demain je ne souffrirai plus est suave ii mon pauvre cœur. — Ne regrettez-vous rien 7 ■ demanda Montecristo. n— Non! "répondit Horrel.u — Pas même moi ?» demanda le comte avec une émotion profonde. Morrel s'arrêta ; son œil BÎ pur se ternit tout à coup, puis brilla d'un éclat ias&coutume ; une grosse larme en jaillit et roula creusant ud sillon d'argent sur sa joue. « Quoi I n dit le comte , « il vous reste un regret de la terre, et vous mourez ! — Oh-j je vous en supplie , » s'écria Horrel d'une voix affaiblie , u plus un mot, comte, ne prolongez pas mon supplice ! »

Le comtecrutque Morrel faiblissait. Cette croyance d'un instant ressuscita en lui l'Iiorrible doute déjà terrassé une fois au cbAteau d'If. •' Je m'occupe, » pensa-t-il , •> de rendre cet bomme au bonheur, je regarde cette restitution comme un poids jeté dans la balance en regard du plateau où j'ai laissé tomber le mal. Maintenant si je me trompais ? si cet homme n'était pas assez malheureux pour mériter te bonbeur? hélas ! qu'arriverait-il de moi qui ne puis oublier le mal qu'en me retraçant te bien? »

n Écoutez ! Morrel , " dit-il , « votre douleur est immense, je le vois ; mais cependant vous croyez en Dieu , et vous no voulez pas risquer le salut de votre Ame. » Horrel sourit

.vGooglc

Page 1